La phase de candidature est close. À Bassens, l’appel à projets ÉLEC’ - Innogaronne entre maintenant dans sa vraie séquence: celle des projets retenus, des essais possibles et des limites du terrain.
Lancé par Bordeaux Technowest avec EDF, la Ville de Bassens et l’Opération d’intérêt métropolitain Rive Droite de Bordeaux Métropole, l’appel visait des solutions liées à l’électricité dans plusieurs usages très concrets: procédés industriels, agriculture, poids lourds, mobilité maritime, logement, sobriété énergétique et pompes à chaleur. La date de dépôt était fixée au 6 avril 2026. Le ou les projets retenus pourront bénéficier d’un accès au site Innogaronne, d’un appui aux tests, d’une mise en relation avec les équipes d’EDF et d’un accompagnement par Bordeaux Technowest. Le point à regarder de près sera le passage de la promesse au test réel.
Innogaronne n’est pas un simple bureau d’innovation avec vue sur PowerPoint. Le site est installé sur l’ancien site Lafont, près de la gare de Bassens. Il dispose de grandes surfaces d’atelier, d’un incubateur et d’un centre d’affaires. Sa vocation affichée est la décarbonation et l’économie circulaire. C’est précisément ce qui donne de l’intérêt à ÉLEC’: les solutions électriques ne seront utiles que si elles tiennent dans des conditions productives, avec des contraintes de place, de raccordement, de sécurité, de maintenance et de coût.
Bassens n’a pas été choisi au hasard. Avec Ambès, la zone industrielle est engagée dans une trajectoire bas carbone soutenue par France 2030. Le programme Bees ZIP, porté notamment par le Grand Port maritime de Bordeaux, Bordeaux Métropole, Michelin, Sarp Industries Aquitaine et Pyrénées, EDF et Teréga, couvre une zone d’environ 900 hectares, principalement tournée vers la chimie et la pétrochimie. Il prévoit 21 actions sur deux ans, pour un budget de 3,1 millions d’euros. L’enjeu local ne se limite donc pas à faire émerger une startup de plus. Il s’agit de tester des usages capables de s’insérer dans un territoire industriel déjà dense.
L’électrification industrielle est souvent résumée à une idée simple: remplacer des énergies fossiles par de l’électricité. Sur le terrain, c’est moins proprement rangé. Il faut électrifier certains procédés, organiser la recharge de véhicules ou d’engins, lisser les pointes de consommation, adapter les bâtiments, trouver les bons horaires d’usage et éviter de déplacer le problème vers le réseau. Pour une zone portuaire et industrielle, la question devient vite très pratique: qui consomme, quand, pour quel usage, avec quelle puissance disponible?
La France a un avantage dans cette bascule: une électricité déjà largement décarbonée, grâce au nucléaire, à l’hydraulique et aux renouvelables. Mais cet avantage ne suffit pas. RTE estime qu’une trajectoire rapide de décarbonation porterait la consommation électrique française à environ 510 TWh en 2030 puis 580 TWh en 2035, contre une trajectoire plus lente à 470 TWh en 2030 et 505 TWh en 2035. Autrement dit, le sujet n’est pas seulement de produire bas carbone. Il faut aussi réussir à brancher les bons usages, au bon endroit, assez vite.
C’est là que les appels à projets peuvent être utiles, à condition de ne pas rester dans l’affichage. Le vrai critère sera la robustesse: une solution capable de fonctionner quelques semaines dans un atelier, sur un véhicule, dans un bâtiment ou près d’un flux portuaire vaut davantage qu’un discours très propre sur la transition énergétique. Le test sera simple: voir si ces solutions tiennent dans les ateliers, les flux, les procédés, les véhicules et les bâtiments. C’est là que l’innovation électrique cesse d’être une promesse et devient un outil.