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À Langon, une matinale pour mieux lutter contre les violences sexistes et sexuelles

À Langon, une matinale réunit Département, gendarmerie et acteurs sociaux pour améliorer prévention, signalement et accompagnement en Sud-Gironde.

Illustration - prévention des violences sexistes et sexuelles

À Langon, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles prend ce vendredi une forme concrète : réunir autour de la même table ceux qui repèrent, écoutent, protègent et orientent les victimes.

La matinale organisée au centre culturel des Carmes associe le Département de la Gironde, la gendarmerie de Langon-Toulenne, Vict’Aid, des travailleurs sociaux, des juristes, des psychologues et des acteurs du grand âge. Le programme ne se limite pas aux violences conjugales. Il aborde aussi les enfants exposés, les personnes âgées vulnérables, la justice, l’accompagnement social et la coordination entre professionnels.

C’est là que le sujet devient pleinement local. En Sud-Gironde, l’enjeu n’est pas seulement de savoir si les dispositifs existent. Il est de savoir si une victime peut les atteindre vite, les comprendre, et passer d’un premier signalement à une protection réelle sans se perdre entre les services.

Les chiffres donnent la mesure du besoin. En Gironde, selon le bilan 2025 de la préfecture, les atteintes volontaires à l’intégrité physique ont augmenté de 4,7 %. Les violences intrafamiliales progressent de 7,4 %, les violences sexuelles de 4,4 %. Au niveau national, la police et la gendarmerie ont enregistré en 2025 473 000 victimes de violences physiques et 132 300 victimes de violences sexuelles. Plus de la moitié des violences physiques enregistrées relèvent du cadre familial.

Pour les services locaux, cela signifie plus de plaintes à traiter, plus de situations à évaluer, plus d’orientations à faire sans délai. Une victime peut avoir besoin d’un médecin, d’un hébergement, d’un conseil juridique, d’un soutien psychologique, d’une aide pour ses enfants et d’une protection contre l’auteur des violences. Si l’un des maillons manque, tout le parcours se complique.

Le Sud-Gironde dispose déjà de relais utiles. Vict’Aid, service d’aide aux victimes agréé par le ministère de la Justice, propose un accompagnement juridique, psychologique et social, même sans procédure pénale engagée. Des intervenants sociaux sont présents dans plusieurs compagnies de gendarmerie du département, dont Langon-Toulenne. Leur rôle est décisif : entendre ce qui dépasse la plainte, identifier les besoins immédiats, orienter vers les bons services.

L’hôpital Sud-Gironde rappelle aussi les contacts essentiels, dont le 3919, numéro national d’écoute pour les femmes victimes de violences, les urgences médicales, la gendarmerie, le Planning familial, l’association Apafed, la Maison d’Ella ou encore le centre hospitalier de Cadillac. Ce maillage n’a rien d’accessoire. Il transforme une liste de numéros en parcours possible.

La question territoriale reste centrale. Un rapport du Sénat relevait que les territoires ruraux représentent environ un tiers de la population française, mais 47 % des féminicides constatés chaque année. Distance aux services, moindre anonymat, dépendance à la voiture, isolement, liens familiaux ou sociaux plus imbriqués : le Sud-Gironde n’est pas coupé des dispositifs, mais il partage une partie de ces contraintes.

C’est pourquoi la présence des élus locaux dans la chaîne de repérage compte. Le dispositif « élus ruraux relais de l’égalité », présenté lors de la matinale, vise à former des maires, adjoints ou élus de proximité capables d’accueillir une parole et d’orienter correctement, sans se substituer aux gendarmes, aux juges ou aux travailleurs sociaux. Dans une petite commune, la première personne à qui l’on parle n’est pas toujours une association spécialisée. Cela peut être une secrétaire de mairie, une élue ou un professionnel de santé.

L’État a renforcé certains outils ces dernières années : pôles spécialisés dans les tribunaux pour les violences intrafamiliales, bracelets anti-rapprochement, téléphones grave danger. Le ministère de la Justice indique aussi que le budget national d’aide aux victimes consacré aux violences intrafamiliales est passé de 8 millions d’euros en 2020 à 26 millions en 2025. Mais ces outils ne valent pleinement que s’ils sont connectés au terrain.

L’intérêt de la matinale de Langon se mesurera donc après l’événement : permanences mieux connues, circuits d’orientation plus courts, professionnels formés, élus relais identifiés, informations visibles dans les bons lieux, et moins de victimes contraintes de raconter dix fois la même histoire avant de recevoir la bonne aide.