Dans une crise, le premier problème n’est pas toujours l’événement. C’est souvent le désordre: qui appelle qui, qui décide, qui informe les habitants, qui ouvre une salle, qui ferme une route, qui suit les personnes vulnérables.
C’est précisément ce que le Département de la Gironde veut travailler avec Cit’IN Crise, un outil de simulation présenté le 24 avril. Le principe est simple: placer des agents, élus ou partenaires dans une crise fictive, puis regarder comment l’organisation réagit. À LaBase, une douzaine de participants ont été répartis entre une cellule communale de crise et une équipe chargée de faire vivre le scénario, avec téléphones, talkies-walkies, réseaux sociaux simulés et tableau de bord.
Le scénario mis en avant part d’une inondation. Mais le sujet dépasse largement l’eau qui monte. En Gironde, les crises récentes ou récurrentes ne manquent pas: feux de forêt, crues, tempêtes, sécheresse, risques industriels ou sanitaires. En avril 2026, l’état de catastrophe naturelle a encore été reconnu pour des inondations et coulées de boue dans cinq nouvelles communes, en plus de 106 communes déjà concernées. La sécheresse 2025 a aussi entraîné une reconnaissance pour des mouvements de terrain dans 21 communes.
L’intérêt de Cit’IN Crise n’est donc pas de “sensibiliser” au sens vague du terme. Il est de faire apparaître les failles avant le vrai choc. Une liste d’appel incomplète. Une responsabilité mal comprise. Un message aux habitants trop lent. Une coordination floue entre mairie, Département, secours et associations. Tout ce qui paraît secondaire dans un document devient très concret quand le téléphone sonne et que les informations se contredisent.
Le Département indique avoir acquis l’outil en 2021, l’avoir adapté au contexte local, puis déployé à partir de septembre 2021. De 2021 à 2025, plus de 107 communes girondines et environ 355 élus et agents communaux y ont participé. C’est déjà un réseau réel. C’est aussi encore partiel, dans un département qui compte 535 communes. La marche suivante est claire: faire sortir l’exercice du cercle des convaincus et l’installer dans les habitudes de gestion locale.
Le changement est important. Pendant longtemps, la préparation aux crises a surtout pris la forme de plans, de procédures et de documents. Ils restent nécessaires. Mais ils ne suffisent pas si personne ne les a testés sous pression. Le plan communal de sauvegarde, censé organiser la réponse d’une commune face à un événement grave, prend une autre valeur quand les élus et les agents ont déjà joué la scène: alerter, arbitrer, prioriser, expliquer.
L’exemple de Sainte-Terre l’a montré lors d’une précédente session. La commune, exposée au risque d’inondation, en avait tiré des besoins très concrets: cartes plus précises, coordination à renforcer, ouvrages hydrauliques à surveiller, mise à jour des documents destinés aux habitants. C’est le bon résultat d’un exercice: non pas montrer que tout est prêt, mais identifier ce qui doit être corrigé pendant qu’il est encore temps.
Cette culture de l’anticipation est devenue plus urgente depuis les incendies de 2022 dans le massif des Landes de Gascogne: 30 000 hectares brûlés, 50 000 évacuations, puis une série d’actions publiques autour de la prévention et de la résilience. Elle vaut aussi pour les crues, la sécheresse ou les tempêtes. Les alertes arrivent plus vite. Les administrations doivent gagner en réflexes.
Cit’IN Crise ne garantit pas une meilleure réponse le jour venu. Aucun outil ne le peut. Mais il peut faire gagner ce qui manque souvent au début d’une crise: quelques minutes, une chaîne de décision plus nette, des rôles mieux compris, des erreurs repérées à froid plutôt qu’en direct.
Dans un territoire exposé à plusieurs risques, ce n’est pas un détail technique. C’est une compétence publique. Elle doit être prête avant le jour où tout s’accélère.