À Bordeaux, le délai est déjà lancé. La commune figure dans l’arrêté du 3 avril 2026 publié au Journal officiel le 14 avril, qui reconnaît l’état de catastrophe naturelle pour les mouvements de terrain liés à la sécheresse puis à la réhydratation des sols sur toute l’année 2025. La préfecture de la Gironde précise que les sinistrés ont 30 jours à partir de cette publication pour déclarer leur dossier à leur assureur. Pour les habitants concernés, l’échéance tombe donc le 14 mai.
Ce qu’il faut déclarer, ce ne sont pas “des fissures” au sens vague. Ce sont des dégâts précis, datés, documentés. Le phénomène touche les sols argileux, qui se tassent quand ils sèchent puis bougent de nouveau quand l’eau revient. À l’arrivée, cela peut provoquer des fissures, des affaissements, des terrasses qui se décollent, des portes qui ferment mal, parfois bien plus. Dans la déclaration, il faut être concret, joindre des photos, décrire les désordres, lister les biens touchés, garder les factures et conserver ce que l’expert devra voir. La garantie ne joue pas pour n’importe quelle trace sur un mur, mais pour des dommages matériels directs liés au phénomène reconnu.
Le vrai point de friction est souvent là. Pour une habitation, la franchise légale est de 380 euros dans le régime ordinaire des catastrophes naturelles, mais elle monte à 1 520 euros quand le dommage vient d’un mouvement de terrain consécutif à la sécheresse ou à la réhydratation du sol. L’assureur doit ensuite informer l’assuré des conditions de garantie, puis l’indemnisation complète doit en principe intervenir dans les trois mois suivant l’état estimatif des dommages ou la publication de l’arrêté si elle est postérieure. En clair, il faut agir vite au départ, puis s’attendre à une procédure qui peut durer.
Le sujet dépasse largement Bordeaux. La préfecture cite aussi Bègles, Cenon, Cestas, Gradignan, Lormont, Tresses ou Villenave-d’Ornon, entre autres. Et ce n’est pas un risque marginal. Géorisques classe Bordeaux parmi les communes où le risque de retrait-gonflement des argiles est important. À l’échelle du pays, 55 % du territoire hexagonal est en zone d’exposition moyenne ou forte et plus de 12 millions de maisons individuelles sont concernées.
Le fond du problème est simple: la sécheresse n’abîme pas seulement les champs, elle attaque aussi le patrimoine urbain. Le coût estimé des sinistres assurés liés à la sécheresse de 2022 a atteint entre 3 et 3,5 milliards d’euros, un record. L’État a d’ailleurs mis à jour en janvier 2026 la carte d’exposition au phénomène, avec un nouveau zonage applicable à partir du 1er juillet pour certaines ventes de terrains et constructions de maisons. Pour les Bordelais concernés, la leçon est plus immédiate encore: ne pas attendre que la maison “travaille”. Il faut déclarer maintenant, et déclarer proprement.