En Gironde, 12 places qui révèlent un manque bien plus large
À Saint-Médard-en-Jalles, le foyer d’accueil médicalisé Marc Bœuf ne raconte pas seulement une inauguration. Ouvert depuis juin 2025, il accueille 12 adultes de moins de 60 ans, d’un âge moyen de 55 ans, atteints notamment d’Alzheimer ou de Parkinson. L’APAJH Gironde y mobilise 20 professionnels. Le Département présente ce foyer comme le troisième de ce type en France pour ce public. Même prise avec prudence, cette formule dit l’essentiel: l’offre vraiment adaptée reste rare.
Le point utile pour les lecteurs est là. En Gironde, le diagnostic et le suivi existent déjà mieux que l’hébergement spécialisé. La région compte 25 consultations mémoire de territoire, dont huit dans le département, à Blaye, La Teste, Libourne, Talence, Le Bouscat, Bordeaux-Pessac, Langon et Gradignan. L’Agence régionale de santé rappelle aussi que 50 équipes spécialisées Alzheimer interviennent déjà en Nouvelle-Aquitaine, avec un renforcement annoncé. C’est important pour aider des malades à rester chez eux plus longtemps. Mais quand le maintien à domicile ne tient plus, une consultation et quelques passages à la maison ne remplacent ni un lieu de vie, ni une présence quotidienne, ni un cadre pensé pour des malades parfois trop jeunes pour les structures du grand âge.
C’est précisément ce que vise le foyer Marc Bœuf. L’APAJH décrit une unité d’hébergement permanent avec aide humaine, rééducation, soins, soutien aux proches et accompagnement destiné à préserver l’autonomie. Pour les familles, l’enjeu est concret. En France, 9,3 millions de personnes aident régulièrement un proche âgé, malade ou handicapé. Or les maladies neurodégénératives sont une cause majeure de dépendance et d’institutionnalisation, avec plus d’un million de personnes touchées par Alzheimer et autres démences et environ 175 000 traitées pour Parkinson. Dit autrement, la Gironde n’ouvre pas une parenthèse locale. Elle répond, à petite échelle, à une pression qui monte partout.
Le choix est aussi budgétaire, donc politique au sens concret du terme. Le Département a financé la construction à hauteur de 2 555 215 euros, puis environ 880 000 euros par an pour le fonctionnement des 12 places. L’Agence régionale de santé ajoute 338 400 euros par an pour leur médicalisation. Douze places ne régleront évidemment pas tout. Mais elles font passer un besoin longtemps mal rangé, entre handicap, vieillissement et épuisement des aidants, du flou à une réponse identifiable. Pour les familles concernées, ce n’est pas un symbole. C’est enfin une adresse.