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Au port de Bordeaux, un changement de direction qui peut peser sur l’économie girondine

Ivan Martin prend la tête du port de Bordeaux à un moment clé pour Bassens, Le Verdon et les Bassins à flot, entre logistique, industrie et reconversion urbaine.

Port, quais et grues

Au port de Bordeaux, le vrai sujet n’est pas la nomination d’un nouveau patron. C’est ce qu’il devra décider vite. Ivan Martin, jusque-là directeur général des territoires et de la mer de Guyane, prend la présidence du directoire du Grand Port Maritime de Bordeaux à compter du 20 avril. Le décret est signé, la relève est actée. La vraie question est simple: est-ce que Bordeaux va enfin donner une ligne claire à son port, entre industrie, logistique et aménagement de l’estuaire.

Le port reste un acteur économique bien plus concret que son image bordelaise. Selon l’Insee, le complexe industrialo-portuaire bordelais représente 8 619 emplois salariés dans 232 entreprises et 892 millions d’euros de richesse dégagée. Bassens concentre 3 605 de ces emplois, soit trois emplois sur cinq dans la commune. Au Verdon-sur-Mer, il n’y en a que 114, mais cela représente plus d’un emploi sur trois localement. Ce qui se décide au port touche donc à la fois la métropole, la rive droite industrielle et l’aval de l’estuaire.

Le tableau 2025 est contrasté, mais pas mauvais. Le trafic recule légèrement à 6,18 millions de tonnes, soit 1,4 % de moins qu’en 2024. Pris de loin, cela ressemble à une petite baisse de plus. Pris de près, l’image change: les vracs solides progressent de 13 % à l’import et de 15 % à l’export, la filière agro-industrielle gagne 13 %, les exportations de maïs 26 %, et la croisière maritime 31 %. Bordeaux perd un peu en volume global, mais cherche clairement à sortir de la dépendance aux vieux trafics fossiles.

Le premier test pour Ivan Martin sera Bassens. C’est là que le port peut prouver qu’il sert vraiment l’économie girondine. Le site doit mieux faire travailler ensemble le camion, le rail et le fleuve. Le port y pousse un nouveau pôle logistique et veut aussi améliorer l’accueil des poids lourds. Dit autrement, il essaie de rendre plus fluide et plus crédible une place portuaire qui rappelle elle-même que ses 6,2 millions de tonnes correspondent à environ 350 000 camions. Si Bordeaux veut peser davantage, c’est là que cela commencera.

Le deuxième test sera le partage des rôles entre Bordeaux, Le Verdon et les Bassins à flot. Au Verdon, le port pousse des projets industriels et énergétiques, dont une centrale photovoltaïque annoncée à 52 MWc sur 45 hectares. Aux Bassins à flot, le mouvement va dans l’autre sens: le projet Pulsations, lancé avec Legendre Immobilier, prévoit 20 000 m² de surfaces tertiaires, dont une première tranche de 6 500 m² de bureaux et 500 m² de commerces. Le message est clair. Une partie du foncier bordelais glisse vers la ville et les services. La nouvelle direction devra donc trancher franchement ce qui doit rester productif au cœur de Bordeaux, et ce qui a vocation à partir vers d’autres terminaux.

C’est là que cette nomination devient un vrai sujet girondin. Pas parce qu’un nom chasse l’autre, mais parce que le port arrive à un moment où il faut choisir. Consolider les trafics qui tiennent, faire avancer la logistique multimodale, utiliser enfin le foncier disponible, assumer la montée des activités énergétiques et industrielles hors du centre. Bordeaux a encore des cartes. Le vrai enjeu, maintenant, est de voir si la nouvelle direction les joue enfin dans le bon ordre.