À Coutras, la restructuration du collège Henri de Navarre ne sert pas seulement à refaire un établissement. L’opération, chiffrée à 38,5 millions d’euros, doit aller jusqu’à fin 2026 et comprend 10 325 heures d’insertion sociale. En clair, une partie du travail doit revenir à des personnes éloignées de l’emploi. Le chantier accueillera à terme 900 élèves dans des locaux rénovés.
Ce qui compte, c’est que Coutras n’est pas un coup isolé. En Gironde, les clauses d’insertion ont représenté 218 010 heures de travail en 2023, pour 966 bénéficiaires dont 355 femmes. Le Département ne présente plus cela comme un à-côté généreux, mais comme une composante de sa politique d’achat. Son schéma 2021-2025 vise 30 % de marchés comportant au moins une disposition sociale, et la collectivité a même testé en 2024 un abaissement du seuil de suivi à 40 000 euros hors taxes pour faire entrer davantage de marchés dans cette logique.
L’intérêt du dispositif est aussi très pratique. Le bâtiment manque de bras. France Travail recense 4 650 projets de recrutement dans la construction en Gironde en 2025, avec 61,3 % jugés difficiles. Dans le bassin de Libourne, où se trouve Coutras, on est à 390 recrutements projetés et 64,1 % de difficultés. Dans ce contexte, la clause sociale n’est pas seulement un outil d’insertion. C’est aussi une manière d’ouvrir le recrutement autrement, sur des chantiers où les entreprises cherchent déjà du monde.
Encore faut-il transformer l’essai. Réserver des heures ne suffit pas. Il faut un suivi, des employeurs prêts à jouer le jeu, et un accompagnement qui tienne quand le chantier avance puis se termine. C’est tout l’enjeu des dispositifs locaux comme D2C, porté en Gironde avec l’association Transfer. En 2024, ce programme dit avoir accompagné 624 demandeurs d’emploi, obtenu 210 sorties vers l’emploi et 156 emplois durables, tout en travaillant avec 703 entreprises dont 191 qui recrutent. Le sujet n’est donc pas de savoir si la clause sociale peut produire quelque chose. Elle le peut. Le vrai test est plus simple : combien de trajectoires tiennent encore six mois plus tard.
La Gironde s’inscrit dans un mouvement plus large, mais c’est localement que cela se joue. L’État a comptabilisé plus de 5,5 millions d’heures d’insertion et 3 092 contrats entre 2008 et 2024 dans ses propres marchés. Ces chiffres montrent que l’outil existe et peut produire autre chose qu’une belle case cochée. À Coutras, l’enjeu est le même qu’ailleurs : faire en sorte qu’un marché public ne livre pas seulement des murs rénovés, mais aussi quelques portes rouvertes.