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En Gironde, Bordeaux Technowest sort du simple rôle d’animateur

Bordeaux Technowest multiplie les partenariats et tests terrain en Gironde, entre aéronautique, énergie, logement et usages concrets de l’IA.

Illustration - hall d'innovation et prototypes

En Gironde, Bordeaux Technowest sort du simple rôle d’animateur

En Gironde, Bordeaux Technowest commence à ressembler à autre chose qu’à un bon carnet d’adresses pour start-up. Ces derniers mois, la technopole a ajouté six nouveaux partenaires privés, parmi lesquels Pratt & Whitney, Saft, Saint-Gobain et CGI, rejoint le réseau national des ambassadeurs du plan « Osez l’IA », et poussé plusieurs appels à projets avec de vrais terrains de test, à Bassens pour l’énergie, à Saint-Médard-en-Jalles pour le logement, autour de Mérignac pour l’aéronautique et la défense. La logique devient plus nette : moins de discours général sur l’innovation, plus de solutions branchées sur des sites, des donneurs d’ordre et des problèmes concrets.

Ce choix dit quelque chose de la spécialisation girondine. Bordeaux Aéroparc, autour de la plateforme aéroportuaire, regroupe plus de 3 700 établissements et plus de 50 000 emplois, soit plus de 13 % des emplois métropolitains. C’est là que Technowest a installé Cockpit, son site totem pour la filière aéronautique, spatiale et défense. Selon son bilan 2024, le lieu accueille plus de 60 sociétés et a atteint 100 % d’occupation dès octobre, bien plus vite que prévu. Autrement dit, le territoire ne mise pas sur l’innovation en général. Il essaie de l’arrimer à ses points forts : l’aéro, l’industrie, l’énergie, puis de plus en plus le bâtiment et la décarbonation.

Les chiffres publiés par la technopole montrent que ce n’est plus seulement une affaire d’événements et de réseau. Dans son bilan 2024, Bordeaux Technowest dit avoir accompagné 91 start-up, enregistré 66 millions d’euros de levées de fonds et 98 emplois créés. Son programme Jonction, qui met des jeunes entreprises en face de grands groupes, revendique 37 partenaires, 144 mises en relation, 54 rencontres qualifiées et 16 contrats signés sur l’année. Il faut garder la distance normale face à des chiffres produits par l’institution elle-même. Mais ils dessinent quand même une bascule : on n’est plus dans la vitrine pure, on est dans une machine locale qui essaie d’amener des boîtes jusqu’au test, puis jusqu’au contrat.

L’axe intelligence artificielle mérite d’être pris au sérieux sans partir en lévitation. Si l’État a lancé « Osez l’IA », c’est parce que le retard est encore net : seulement 13 % des PME utilisent aujourd’hui une solution d’intelligence artificielle clé en main, avec un objectif de 80 % d’ici 2030. L’intérêt d’un ambassadeur local ne se jouera donc pas sur les mots, mais sur les usages. À Bordeaux, ils commencent à apparaître. Thucya, lauréate de l’appel Aéronautique Spatial Défense, développe un outil d’analyse de données pour aider à décider en contexte sensible. Technowest met aussi en avant des usages liés à la transmission des savoirs, à la maintenance ou à la relation client. Là, l’IA cesse d’être une bannière de salon et devient un outil parmi d’autres dans des filières déjà installées.

Les appels en cours ou récents montrent enfin comment la Gironde essaie d’orienter son innovation. À Innogaronne, l’appel ÉLEC’ vise l’électrification des procédés industriels, des engins agricoles, du transport lourd, du maritime et du logement, avec accès au site, aux infrastructures et aux équipes d’EDF. Côté logement, l’appel lancé avec Domofrance cible la greentech, l’économie circulaire et la data appliquée au bâtiment, avec expérimentation en conditions réelles et accompagnement sur place à Saint-Médard-en-Jalles. Côté aéronautique et défense, les lauréats récents travaillent sur des communications résilientes, des hélices de drones moins bruyantes et l’analyse de données. Le tableau d’ensemble est assez clair : la Gironde essaie moins de “faire de la tech” que de fabriquer des lieux où des solutions peuvent être essayées vite, avec des acteurs capables de les adopter. C’est moins vendeur qu’un grand récit sur l’innovation. C’est plus utile.