En Gironde, le recrutement ne passe plus seulement par le CV. À Bordeaux, France Travail, le CFA UMIH Formation et le chef Baudouin Klakocer ont réuni 10 candidats et 10 restaurateurs dans un restaurant éphémère, avec mise en situation réelle avant les échanges. Ce format part d’un constat simple. Quand les embauches coincent, un parcours bien présenté ne suffit plus. Les employeurs veulent voir si la personne tient le poste, comprend le rythme et trouve sa place dans l’équipe.
La tension est réelle. En Gironde, France Travail recense 73 240 projets de recrutement en 2025, dont 58,4 % jugés difficiles. Dans le seul bassin de Bordeaux, on monte à 47 230 projets. La restauration en donne une image parlante, mais le problème dépasse largement ce secteur.
La sélection publiée en mars par Invest in Bordeaux le montre bien. Les besoins ne se concentrent pas seulement sur les métiers les plus visibles ou les emplois d’exécution. Au Haillan, Fly-R prévoit 15 recrutements d’ingénieurs et de techniciens d’ici fin 2026, puis autant en 2027. D’autres entreprises cherchent aussi dans la biotech, la santé, le commerce ou les fonctions support. La Gironde doit donc recruter à plusieurs niveaux à la fois, des postes de terrain jusqu’aux profils techniques.
L’autre changement se joue du côté des candidats. À Lormont, l’accompagnement global associe un conseiller emploi et un travailleur social pour traiter à la fois la recherche de poste et les obstacles qui bloquent le retour au travail. En Nouvelle-Aquitaine, ce dispositif couvre 73 agences. Un autre programme, Equip’Recrut, est déployé dans deux agences de la région, dont Lormont, avec davantage de mises en situation et de contacts directs avec les entreprises. Le principe est clair : quand le logement, la santé, la garde d’enfants ou les dettes déraillent, l’entretien d’embauche ne règle rien à lui seul.
La mobilité reste l’un des freins les plus nets. France Travail rappelle qu’en 2025, 800 000 demandeurs d’emploi en France déclaraient une difficulté de mobilité. En 2026, l’opérateur a lancé en Nouvelle-Aquitaine un appel à projets sur ce sujet dans huit départements, dont la Gironde. Recruter autrement, ici, ne consiste donc pas seulement à rendre l’entretien plus vivant. Il faut aussi rapprocher les candidats du travail réel, et rendre les emplois accessibles dans la vie concrète.
En Gironde, le marché du travail bouge plus qu’il n’en a l’air. Les secteurs en tension testent des recrutements plus concrets, et les acteurs publics admettent qu’on ne décroche pas un poste seulement avec un bon discours. Il faut aussi pouvoir s’y rendre, s’y tenir, et garder un peu de stabilité autour. Le CV ne disparaît pas. Il perd juste son monopole.