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En Gironde, l’hôpital remet à niveau ses outils de soin

Des marchés lancés à Libourne, Saint-Médard-en-Jalles et Bordeaux montrent où l’hôpital public investit: pharmacie anticancer, psychiatrie de proximité et réseaux techniques.

Hôpital et chantier technique

En Gironde, les marchés publiés mi-avril montrent où l’hôpital public met son argent: dans la préparation des traitements anticancéreux, dans la psychiatrie de proximité et dans les réseaux techniques qui font tenir les établissements. À Libourne, un marché de 1,195 million d’euros hors taxes vise l’installation d’une unité de production de cytotoxiques, avec dix lots et une réponse attendue avant le 20 mai. À Saint-Médard-en-Jalles, un autre marché de 491 700 euros hors taxes porte sur la réhabilitation d’un établissement pour le compte du centre hospitalier Charles Perrens, en huit lots, avec une date limite au 15 mai. En parallèle, le CHU de Bordeaux a lancé la rénovation du 7e étage du Tripode, également en huit lots.

Le dossier le plus parlant est celui de Libourne. Préparer des médicaments anticancéreux n’est pas une tâche annexe. Le ministère de la Santé classe cette activité parmi celles qui comportent des risques particuliers à l’hôpital. Un document du CHU de Bordeaux sur cette opération évoque 150 m² de réhabilitation et l’installation d’un deuxième isolateur, un équipement utilisé pour sécuriser la préparation de ces traitements. Le centre hospitalier de Libourne avait déjà regroupé sa cancérologie sur le pavillon 25 pour réunir consultations, hôpital de jour de chimiothérapie, hospitalisation d’oncologie, scanner de centrage et radiothérapie sur un même site. Le nouveau chantier pousse la logique un cran plus loin: mieux préparer, mieux sécuriser, moins disperser.

Le marché lancé pour Charles Perrens dit autre chose, mais tout aussi concret. Les plus gros lots concernent le chauffage-plomberie, à 153 500 euros, puis l’électricité, à 92 500 euros. Cela peut sembler très bâtiment, presque banal. Ce ne l’est pas pour un hôpital psychiatrique qui fonctionne sur un site principal et 29 sites extra-hospitaliers dans la métropole et le département. Charles Perrens annonce 100 millions d’euros d’investissement entre 2022 et 2032 et assume depuis plusieurs années un virage ambulatoire, avec plus de soins hors hospitalisation complète. Autrement dit, les murs, les fluides, les accès et les locaux comptent directement dans la capacité à recevoir, suivre et stabiliser des patients au plus près de leur vie ordinaire.

Ces avis sont aussi un signal économique local. À Libourne, les principaux lots portent sur la ventilation-climatisation pour 455 519 euros, la salle propre pour 243 897 euros et l’électricité pour 164 889 euros. À Saint-Médard, on retrouve du gros œuvre-curage, de la plâtrerie, des revêtements de sol, de l’électricité et du chauffage-plomberie. Ce sont des marchés qui parlent aux entreprises du bâtiment, des fluides, de l’électricité et de l’aménagement technique, pas seulement aux grands groupes. Le fait que le CHU de Bordeaux apparaisse comme acheteur pour Libourne ou Charles Perrens n’est pas une bizarrerie: dans le groupement hospitalier Alliance de Gironde, il est établissement support et les nouveaux marchés passent par cette organisation commune pour les établissements membres.

Le cadre plus large confirme que ce n’est pas une poignée d’avis isolés. L’Agence régionale de santé recense 594 millions d’euros au niveau régional pour les projets structurants sanitaires, avec 373,7 millions d’euros d’aides pour la Gironde. Le centre hospitalier de Libourne, déjà engagé dans une reconstruction-restructuration majeure, avait obtenu 8,9 millions d’euros pour restaurer ses marges financières et 798 000 euros pour les investissements du quotidien. Au CHU de Bordeaux, un autre marché porte cette fois sur des travaux liés au schéma directeur électrique et thermique du groupe hospitalier Sud, pour un montant prévisionnel de 23,04 millions d’euros hors taxes. Le message est assez clair: l’investissement hospitalier ne passe pas seulement par de grands plans affichés. Il passe aussi par des chaînes de préparation plus sûres, des sites psychiatriques capables de fonctionner correctement et des bâtiments moins dépendants du bricolage quotidien.