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Feux de forêt: en Gironde, la saison commence désormais en avril

La Gironde anticipe la saison des feux dès avril, avec prévention renforcée, débroussaillement durci et préparation plus précoce des communes et des habitants.

Illustration - forêt sous surveillance

La préfecture a donné le ton le 17 avril: la préparation incendie démarre tôt. Ce choix n’a rien d’abstrait. La Gironde reste l’un des départements français les plus exposés, et la page de référence de l’État sur le risque incendie rappelle que 337 départs de feu ont été recensés en 2025. Dans son message du jour, la préfecture met aussi en avant 2,75 millions d’euros supplémentaires mobilisés l’an dernier, avec l’appui de l’Union européenne et de la région, pour renforcer les aménagements de défense de la forêt contre l’incendie.

Le tournant est lisible depuis 2022. Les grands feux de Landiras et de La Teste-de-Buch ont brûlé près de 30 000 hectares en Gironde. Depuis, le sujet n’est plus seulement celui des avions bombardiers d’eau et des renforts de l’été. Il est devenu un sujet d’aménagement du territoire: accès aux massifs, points d’eau, surveillance, urbanisation au bord des bois, vitesse de détection et capacité à frapper très tôt. La doctrine nationale est nette: dans les zones à risque, un feu doit être attaqué dans les dix minutes suivant sa détection pour rester maîtrisable. L’Office national des forêts a d’ailleurs été renforcé par 118 postes en 2023 et 2024 pour les contrôles, la surveillance et les travaux de prévention.

Pour les habitants, le changement le plus concret se joue autour des maisons. En Gironde, les règles de débroussaillement ont été révisées par arrêté préfectoral en octobre 2025. Elles s’appliquent dans tout le département dans les bois, forêts et landes de plus de 0,5 hectare, ainsi que dans une bande de 200 mètres autour. Pour un particulier, la règle de base est simple: débroussailler sur 50 mètres autour des constructions et sur 6 mètres de part et d’autre des voies privées d’accès. En zone urbaine, une parcelle peut devoir être débroussaillée en totalité, même sans bâtiment. Ce n’est pas un détail de papier. La préfecture rappelle que 80 % des feux partent à moins de 50 mètres des constructions et que 90 % des maisons détruites se trouvaient sur des terrains pas ou mal débroussaillés. Depuis le 1er janvier 2025, cette obligation doit même être signalée aux acheteurs et locataires de biens situés dans les zones concernées.

Ce qui se joue en avril, c’est précisément d’éviter d’en arriver trop vite aux interdictions de l’été. En août 2025, la Gironde est passée en vigilance orange puis rouge avec des restrictions très concrètes dans les espaces exposés: présence humaine libre interdite à certaines heures, arrêt de certaines activités, interdiction d’utiliser le feu, de fumer, de bivouaquer ou de camper isolé. La mobilisation anticipée annoncée cette semaine sert à agir avant ce stade. Moins de communication, plus de préparation: travaux faits à temps, accès dégagés, règles connues, communes prêtes.

La Gironde n’est pas un cas isolé. À l’échelle nationale, le débroussaillement obligatoire concerne les territoires classés à risque, soit 48 départements en juin 2025, et la météo des forêts est diffusée chaque jour par Météo-France pendant la saison pour informer sur le niveau de danger par département. Surtout, l’État commence à traiter le feu comme un risque durable à intégrer dans la planification. Le plan national d’adaptation prévoit en 2026 des études pour bâtir en 2027 une carte nationale de sensibilité au danger prévisible de feux de forêt et de végétation. En clair, le feu sort du registre de l’accident exceptionnel. En Gironde, la question utile du printemps n’est donc plus de savoir si l’été sera tendu. Elle est de savoir si chacun aura fait sa part avant les premières grosses chaleurs.