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En Gironde rurale, le solaire au sol remet le foncier au centre

Deux projets à Bazas et Gironde-sur-Dropt illustrent le basculement du solaire girondin vers le foncier rural et des arbitrages plus serrés sur l’usage des terres.

Parc solaire sur terres rurales

La Gironde n’est plus au stade des promesses solaires. Fin 2024, elle était, avec les Landes, le premier département français pour la puissance photovoltaïque installée, à 1,1 gigawatt. À l’échelle du pays, le parc atteignait 25,3 GW. Et derrière la poussée des petites installations, le gros de la puissance reste porté par les grands projets : les installations de 500 kilowatts et plus ne représentent que 0,3 % du nombre total, mais 47 % de la puissance installée. Autrement dit, le solaire sur grands sites n’est pas un sujet marginal.

À Bazas, le dossier est assez net. L’enquête publique court du 30 mars au 27 avril 2026 pour un parc photovoltaïque porté par SAS Bazas ENR sur l’ancienne décharge de Pirette. Le site fait 45 000 m², soit environ 2,2 hectares clôturés, pour une puissance théorique de 2 MWc. La commune a en plus choisi d’entrer au capital de la société de projet : 20 % pour la ville, 29 % pour la régie de Bazas, 51 % pour la SEM Gironde Energies. Le montage dit quelque chose de simple : ici, le solaire au sol avance d’abord sur un terrain déjà contraint, avec une collectivité qui cherche à garder la main sur la gouvernance plutôt qu’à louer son foncier et regarder passer le dossier.

À Gironde-sur-Dropt, la procédure ouverte du 7 avril au 7 mai 2026 porte sur une centrale au sol d’environ 4,132 MWc au lieu-dit Peynet. On change d’échelle, et surtout de test local. Dès que le solaire quitte les toitures, les parkings ou les sites déjà dégradés, la discussion devient plus directe : quelle parcelle, quel usage actuel, quelle insertion dans le paysage, quelle utilité concrète pour la commune. C’est précisément pour cela que le cadre s’est durci. Le décret du 8 avril 2024 a créé un régime plus structuré pour l’agrivoltaïsme et pour les installations photovoltaïques sur terrains agricoles, naturels ou forestiers. Une instruction ministérielle du 18 février 2025 est venue préciser les conditions d’autorisation et de contrôle.

La Gironde a déjà commencé à traduire ce virage dans ses propres règles. La préfecture a arrêté en 2025 un document-cadre destiné à cartographier les terres incultes ou inexploitées pouvant accueillir des projets photovoltaïques non agrivoltaïques. Le sens de la séquence est donc assez clair. Le solaire continue d’avancer, mais il avance désormais sous condition. Plus le terrain est déjà artificialisé, pollué ou inutilisable autrement, plus le projet a des chances de convaincre. Plus il mord sur un foncier disputé, plus il devra prouver son intérêt. En Gironde, sur les toitures, le solaire relève surtout du déploiement. Au sol, il devient une question d’usage des terres.