Mutuelle Girondine: un rattrapage utile, pas une réparation générale
Un an après son lancement, la Mutuelle Girondine a protégé 1 253 personnes, dont 909 assurés, 212 conjoints et 132 enfants. Le chiffre qui dit le plus est ailleurs: sur 1 202 adhésions acceptées, 337 venaient de personnes qui n’avaient aucune complémentaire santé auparavant. C’est un résultat réel. C’est aussi un résultat encore petit face au trou de départ: au lancement du dispositif, le département estimait que 11 % à 14 % des Girondins n’étaient pas couverts, soit entre 178 000 et 227 000 personnes.
Le bilan dit donc deux choses à la fois. Oui, le dispositif sert. Non, il ne change pas d’échelle à lui seul. Les 6 564 demandes enregistrées et les 4 386 propositions commerciales montrent d’ailleurs que le problème n’est pas seulement le prix. Il y a aussi ceux qui ne savent pas vers quoi aller, ceux qui repoussent la démarche, et ceux qui lâchent devant la complexité des contrats.
Le public touché est lui aussi révélateur. Près de 60 % des adhérents ont plus de 60 ans, dont 370 âgés de 70 ans ou plus. En Gironde, où les 60 ans ou plus représentent 26,9 % de la population, ce n’est pas un détail. Cela raconte une faille très concrète: dans le privé, l’employeur doit proposer une complémentaire santé aux salariés. Mais au moment de la retraite, beaucoup basculent vers des contrats individuels plus exposés aux hausses. La Mutuelle Girondine répond clairement à cette faille.
Le dispositif a pour lui une simplicité rare dans ce marché. Il est ouvert à tous les résidents girondins affiliés à l’Assurance maladie, sans condition de ressources, sans questionnaire de santé, sans limite d’âge, sans délai de carence, avec des tarifs gelés après 70 ans. Le département n’assure pas lui-même les habitants et ne finance pas les contrats. Il négocie un cadre et sert de relais local. En clair, il essaie de combler l’espace laissé entre la complémentaire d’entreprise et la Complémentaire santé solidaire, l’aide nationale destinée aux ménages modestes.
C’est là qu’il faut lire la Mutuelle Girondine. Pas comme une solution générale, encore moins comme une victoire administrative, mais comme un outil de rattrapage. Elle ne crée ni médecins, ni rendez-vous, ni offre de soins de proximité. Elle peut en revanche réduire un reste à charge qui fait reculer, surtout pour les lunettes, les dents ou l’audition. Dans un pays où une part de la population reste sans complémentaire santé, et où ce décrochage touche davantage les ménages modestes, ce n’est pas rien. Ce n’est pas la fin du problème. C’est un point d’appui concret contre le renoncement aux soins.