L’alerte repart à la hausse en Gironde, et ce n’est pas un simple message de prévention. En France, 10 000 dons sont nécessaires chaque jour pour soigner environ 1 million de personnes par an. Surtout, le sang n’alimente pas seulement les urgences spectaculaires: 47 % des patients transfusés le sont dans le cadre de maladies du sang ou de cancers, et 35 % lors d’interventions chirurgicales. Le besoin est donc quotidien. Les réserves, elles, restent fragiles, parce que les globules rouges ne se conservent que 42 jours et les plaquettes 7 jours.
C’est là que la Gironde raconte quelque chose de plus large. Du 9 au 30 avril, près de trente collectes mobiles sont annoncées dans le département, de Blanquefort à Bazas, de Libourne à Pauillac, de La Teste-de-Buch à Sainte-Foy-la-Grande, avec un passage aussi par Bordeaux. Ce maillage dit une chose simple: pour tenir les stocks, il faut aller chercher les donneurs partout, entre métropole, bassin, Libournais, Haute-Gironde et Sud-Gironde. Le don du sang ne repose pas sur un grand centre unique, mais sur une logistique de proximité, régulière, dispersée, qui dépend directement des habitudes locales.
Cette organisation a pourtant ses limites. À Bordeaux, la Maison du don de l’hôpital Pellegrin accueille les donneurs du lundi au samedi pour le sang, le plasma et les plaquettes. Les collectes mobiles, elles, ne prennent pas le plasma ni les plaquettes. Or la pression monte aussi sur ce front-là: l’Établissement français du sang a livré 922 615 litres de plasma en 2025, un record, dans un contexte où cette ressource sert notamment à fabriquer des médicaments. En clair, hors de Bordeaux, on trouve assez facilement une collecte de sang. Pour le plasma, c’est une autre histoire.
Pour les donneurs potentiels, les règles de base ne sont pas compliquées. Il faut avoir entre 18 et 70 ans pour un don de sang, peser au moins 50 kilos, être en bonne santé et venir avec une pièce d’identité. Beaucoup d’empêchements sont temporaires, pas définitifs: une infection récente ou un tatouage ou piercing de moins de deux mois suffisent à décaler le rendez-vous, pas à fermer la porte. Là aussi, le sujet de fond est connu: les besoins médicaux restent stables, mais les dons, eux, varient avec les agendas, les vacances et la disponibilité des gens.
Le problème n’est donc pas seulement de faire venir des primo-donneurs une fois de temps en temps. Il est de garder un flux régulier dans un département vaste, mobile et inégalement couvert selon le type de don. C’est ce décalage entre besoins constants, produits périssables et collecte morcelée qui remet régulièrement les réserves sous tension, en Gironde comme ailleurs.