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Bacs girondins: des tarifs qui montent, un service que le département refuse de laisser décrocher

Les nouveaux tarifs 2026 des bacs girondins font payer davantage les passages occasionnels pour préserver un service vital entre les deux rives de l’estuaire.

Bac sur l'estuaire de Gironde

Depuis le 1er avril, un automobiliste seul paie 31 euros pour traverser entre Blaye et Lamarque en saison, 25 euros pour la voiture et 6 euros pour sa place de passager. En hiver, le même passage tombe à 19 euros. Sur Le Verdon-Royan, il faut compter 44 euros en saison et 25 euros l’hiver. Le département a en revanche laissé les abonnements au même niveau, maintenu le tarif social piéton à 0,50 euro et créé un tarif social voiture à 2 euros. Le signal est clair: le billet occasionnel monte, pas l’usage régulier.

Ce n’est pas un détail de grille. C’est un choix de financement. Sur Blaye-Lamarque, un abonnement mensuel adulte plus voiture revient à 162 euros en saison. Sur Le Verdon-Royan, il monte à 250 euros. À ce niveau-là, le département protège ceux qui traversent souvent, habitants, salariés, professionnels, et fait payer davantage les passages isolés, notamment estivaux. Il le dit ouvertement: les recettes d’été servent à préserver des tarifs plus favorables pour les habitués, tandis que le tarif réduit d’hiver ne couvre déjà pas le coût réel du service.

Il y a une raison simple à cela: les bacs ne sont pas un décor, mais une infrastructure. En 2025, les deux lignes ont transporté 1 257 385 passagers et 518 164 véhicules motorisés et vélos, pour 11 430 traversées. La ligne Le Verdon-Royan concentre l’essentiel du trafic, mais Blaye-Lamarque reste une vraie ligne de vie locale. À elle seule, elle évite un détour d’environ deux heures. Dans un département aussi étiré, cette traversée ne sert pas seulement aux visiteurs. Elle tient ensemble des trajets de travail, des accès aux services et une partie de l’économie ordinaire des deux rives.

Les comptes, eux, se tendent. En 2025, le service a encaissé 15,4 millions d’euros de recettes pour 15,9 millions de dépenses hors investissements. La masse salariale atteint 7,8 millions d’euros, soit 45,5 % des charges. Les trois navires ont consommé 2,1 millions de litres de gazole pour 1,1 million d’euros. Le département attend 1,3 million d’euros de recettes supplémentaires avec la nouvelle grille. L’argent ne servira pas à faire joli. Il doit absorber le fonctionnement courant, la maintenance d’une flotte vieillissante, la rénovation des installations portuaires et la décarbonation à venir. Un seul chiffre donne la mesure du mur: L’Estuaire, acheté 26 millions d’euros en 2009, coûterait autour de 50 millions s’il fallait le remplacer aujourd’hui.

Le vrai sujet est donc plus large qu’une hausse de quelques euros. Partout, les liaisons maritimes locales se retrouvent prises entre le coût du carburant, le vieillissement des flottes et la pression pour réduire les émissions. En Gironde, cette réalité se voit déjà au guichet. Ce qui augmente ici, ce n’est pas seulement le tarif d’une traversée. C’est le prix d’un service que le département refuse de laisser décrocher.