
Pour accueillir des chouettes dans un clocher, il faut parfois commencer par y hisser une grosse boîte en bois à la corde. C’est ce qu’ont fait dix adolescents pendant les vacances d’automne, dans cinq églises du sud de l’Eure : à Roman, Blandey, Hellenvilliers, Les Bottereaux et Corneuil.
Le chantier, organisé par l’Interco Normandie Sud Eure avec l’association Naturellement Reuilly, consistait à fabriquer cinq nichoirs, puis à les installer sous les charpentes. Escaliers étroits, accès difficiles, travail en hauteur : chaque église imposait ses propres contraintes.
Mais pourquoi faut-il désormais construire des logements pour un oiseau qui porte précisément le nom d’effraie des clochers ?
Quand protéger une église revient à en chasser les chouettes
Pendant longtemps, les combles des églises, les granges et les bâtiments agricoles ont offert à ce rapace nocturne des endroits tranquilles pour élever ses petits. Puis les ouvertures ont commencé à disparaître.
Les pigeons salissent les édifices et endommagent leurs charpentes. Pour les empêcher d’entrer, de nombreux clochers ont été grillagés. Les rénovations ferment aussi des accès autrefois empruntés par les oiseaux. Les effraies se retrouvent ainsi exclues de bâtiments qui constituaient leurs refuges habituels.
Une solution consiste à aménager un nichoir accessible depuis l’extérieur, tout en conservant les grillages contre les pigeons. En 2016, la Direction régionale de l’environnement documentait déjà cette méthode dans l’église d’Arnières-sur-Iton, près d’Évreux.
Les cinq installations d’octobre s’inscrivent dans cette démarche d’accueil des chouettes. L’intercommunalité n’a toutefois pas précisé si chacun des clochers concernés était auparavant grillagé.
Une histoire commencée bien avant ce chantier
Le chantier prolonge un travail associatif engagé en 2013.
Avec son programme « Un clocher, une effraie », Naturellement Reuilly équipe progressivement les bâtiments du département. En octobre 2020, son fondateur Alexandre Hurel indiquait au Parisien que l’association avait déjà installé 45 nichoirs dans l’agglomération d’Évreux, dans des églises et des bâtiments communaux. Des bénévoles et des jeunes participent aussi à leur entretien et à leur surveillance.
En décembre 2015, l’association et un bénévole de la LPO avaient installé un nichoir dans le clocher de l’église des Baux-Sainte-Croix. Au printemps suivant, un couple d’effraies s’y était établi. Deux oisillons avaient pris leur envol en août 2016, selon la LPO Normandie.
Pour les cinq nouveaux nichoirs, aucune occupation n’a encore été annoncée.
L’intercommunalité prévoit désormais d’associer les accueils jeunes de Mesnils-sur-Iton et de Rugles à de nouvelles installations, certains mercredis. Les communes volontaires n’ont pas à financer les nichoirs. Elles doivent simplement autoriser les équipes à accéder à leur église.
Dans le sud de l’Eure, la prochaine étape de l’opération commence donc par un geste tout simple : ouvrir la porte d’un autre clocher.
Sources consultées
- Interco Normandie Sud EureDes jeunes engagés pour protéger la chouette effraie !
- DREAL NormandieNichoir à Effraie des clochers
- LPO NormandieLPO Infos Normandie, n° 11, octobre 2016, page 6
- Le ParisienÀ Reuilly, dans l’Eure, chaque chouette a son clocher
- Communauté normande des objectifs de développement durable / ANBDDUn clocher, une effraie