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Évreux : l’avion s’est posé sans incident, mais pourquoi son pilote est-il sous enquête ?

Après une alerte à la bombe, un Airbus d’Aer Lingus a atterri à Évreux sous escorte militaire. Aucun explosif trouvé, mais une enquête examine les décisions du pilote.

Illustration - Avion civil escorté vers Évreux

Jeudi 5 novembre, vers 10 h 05, un Airbus A320 d’Aer Lingus s’est posé sur la base aérienne 105 d’Évreux-Fauville, escorté par deux avions de chasse français. Le vol EI402, parti de Dublin pour Rome avec 151 passagers et six membres d’équipage, avait été dérouté à la suite d’une alerte à la bombe. Aucun explosif n’a été découvert. Les voyageurs ont finalement rejoint Rome jeudi soir, après un passage par la base militaire puis l’aéroport de Roissy.

Le procureur d’Évreux, Rémi Coutin, a toutefois ouvert une enquête sur le comportement du commandant de bord. Selon lui, celui-ci aurait initialement refusé de se poser sur la base militaire, préférant un aéroport civil. Aer Lingus défend le professionnalisme de son équipage. La justice doit maintenant déterminer ce qui s’est réellement passé entre le cockpit et les autorités françaises.

Un vol vers Rome, un atterrissage imposé en Normandie

L’Airbus avait décollé de Dublin vers 6 h 24, heure locale. Alors qu’il traversait l’espace aérien français, les autorités italiennes ont signalé une menace visant l’appareil. Un Rafale a décollé de Saint-Dizier, en Haute-Marne, à 8 h 45, tandis qu’un Mirage 2000-5 intervenait depuis Évreux.

À bord, les passagers n’ont pas immédiatement compris la situation. Katie McAteer, une Irlandaise qui se rendait à Rome pour le mariage d’une amie, a raconté à la télévision publique RTÉ que le pilote avait d’abord annoncé un problème nécessitant un atterrissage à Paris.

Puis les voyageurs ont aperçu un avion de chasse près de leur appareil. Le commandant leur a expliqué que les autorités françaises leur demandaient de rejoindre une base aérienne, tout en indiquant que la menace ne lui semblait pas crédible.

L’Airbus a tourné pendant un certain temps avant de se poser à Évreux. Selon les témoignages recueillis par RTÉ, les passagers sont restés environ deux heures dans l’appareil après l’atterrissage, en attendant l’intervention des démineurs.

Ils ont ensuite débarqué par petits groupes, été contrôlés par les gendarmes et des chiens détecteurs, puis conduits dans un gymnase de la base. Un autre passager, John May, venu célébrer ses vingt ans de mariage en Italie, a décrit une prise en charge attentive malgré les longues heures d’attente.

Leur voyage a finalement repris depuis Paris-Charles-de-Gaulle, à bord d’un vol arrivé à Rome-Fiumicino vers 23 h 35.

Pourquoi deux avions de chasse ont-ils été envoyés ?

En France, la permanence opérationnelle de sûreté aérienne permet à l’armée d’identifier, d’assister ou d’intercepter un avion présentant un risque. Ce dispositif fonctionne jour et nuit, sous l’autorité du Premier ministre.

Jeudi, Matignon a indiqué que Sébastien Lecornu avait ordonné l’interception et l’escorte du vol EI402, le pilote n’ayant pas coopéré comme attendu avec les autorités françaises.

Les deux chasseurs ont accompagné l’Airbus jusqu’à Évreux, où les services militaires et les démineurs ont procédé aux contrôles de sûreté.

Mais le déroutement soulève une difficulté supplémentaire. Le commandant de bord était responsable de la sécurité de ses passagers. Les autorités françaises lui demandaient de rejoindre un terrain déterminé. Selon le parquet, il aurait d’abord refusé cet ordre.

Ce que le parquet reproche au pilote

Le procureur Rémi Coutin a expliqué jeudi vouloir éclaircir ce possible refus d’obtempérer à l’ordre d’atterrir sur un terrain militaire. Il a évoqué une infraction spécifique au code des transports et confié les investigations à des unités spécialisées dans les transports aériens et à la gendarmerie de l’Eure.

Les deux pilotes ont été entendus dans le cadre de l’enquête, selon RTÉ. Aer Lingus a indiqué que leurs échanges avec les autorités françaises étaient terminés. Vendredi 6 novembre, en début d’après-midi, aucune poursuite n’avait été annoncée publiquement.

La compagnie affirme que le commandant et son équipage ont agi de manière irréprochable et professionnelle pendant la crise. L’association irlandaise des pilotes de ligne, IALPA, assure qu’ils ont pleinement coopéré avec les autorités. Elle précise également que de telles auditions sont habituelles après certains incidents aériens.

Interrogée par The Irish Times sur l’existence d’un refus initial de déroutement, Aer Lingus n’a toutefois pas apporté de réponse supplémentaire. Sa défense du comportement général de l’équipage ne permet donc pas de savoir ce qui s’est passé au moment précis où les autorités ont désigné Évreux.

La réglementation européenne confie au commandant de bord la responsabilité de la sécurité de l’avion et des personnes transportées. Mais cette responsabilité ne règle pas, à elle seule, la question du respect des instructions données par les autorités françaises.

Il faudra notamment déterminer quelle instruction a été transmise, à quel moment, quelle réponse a été donnée et si des considérations de sécurité ont été invoquées. Le contenu exact de ces échanges n’a pas été rendu public.

Au moins 27 vols menacés en Europe

Le vol EI402 faisait partie d’au moins 27 vols commerciaux visés jeudi 5 novembre par des alertes à la bombe en Europe, selon le bilan publié par RTÉ vendredi matin. Plusieurs pays ont engagé des avions de chasse, ordonné des déroutements ou effectué des fouilles. Aucun explosif n’a été découvert dans les appareils contrôlés.

Les autorités européennes cherchent à déterminer si ces menaces sont liées. La Commission européenne a indiqué qu’il était encore trop tôt pour établir une coordination entre les incidents. Aucun commanditaire commun n’a été identifié publiquement.

Une alerte mensongère suffit pourtant à déclencher une intervention complexe. Jeudi, elle a interrompu des vols internationaux, immobilisé des passagers et mobilisé simultanément les services de sécurité de plusieurs pays.

À Évreux, l’enquête doit désormais établir ce que le commandant de bord a répondu aux instructions des autorités françaises, et pourquoi. De cette reconstitution dépendra la décision du parquet de poursuivre ou non le pilote après son atterrissage sur la base 105.

Sources consultées
  1. RTL / AFPAlerte à la bombe, « refus » du pilote de se poser... Ce que l'on sait du vol Aer Lingus Dublin-Rome dérouté vers Évreux
  2. RTÉ NewsPassenger recalls 'terrifying' alert on Aer Lingus flight
  3. RTÉ NewsAer Lingus pilots 'cooperated fully' after flight diverted, says union
  4. The Irish TimesAer Lingus pilot under investigation for initially refusing to land during bomb threat
  5. RTÉ NewsAer Lingus plane among 27 flights hit by bomb hoaxes
  6. Ministère des ArméesHaute autorité de Défense aérienne : une responsabilité au cœur de la protection du ciel français