
À Évreux et Gravigny, Glass Express a fermé ses deux établissements lundi 2 novembre 2026. Quatre-vingts emplois sont concernés, répartis entre le siège de la rue Jacquard et la plateforme de distribution de vitrages automobiles de Gravigny. L’unique offre de reprise, présentée par le fondateur Samuel Brigantino, a été rejetée par le tribunal de commerce d’Évreux le 29 octobre.
L’entreprise, créée en 2013 à Guichainville avec deux salariés, était devenue un réseau d’environ 240 collaborateurs en 2025. Ses implantations de Rennes, Arras, Tours et Troyes poursuivent leur activité, selon son dirigeant. Mais les établissements de son territoire d’origine ont fermé.
Les comptes de Glass Express France montrent que les difficultés financières avaient commencé bien avant la liquidation judiciaire. En 2024, la société réalisait encore 12,7 millions d’euros de chiffre d’affaires et dégageait 880 000 euros de bénéfice net. Pourtant, sa trésorerie disponible n’était plus que de 24 000 euros en fin d’exercice, contre 219 000 euros un an auparavant.
Une entreprise bénéficiaire en 2024, mais des paiements de plus en plus longs
Une autre donnée des comptes illustre cette fragilité : le délai comptable moyen de paiement des clients était passé d’environ 51 jours en 2021 à 93 jours en 2023, puis 164 jours en 2024.
Cet indicateur mesure le temps pendant lequel les sommes facturées restent, en moyenne, à encaisser. Il ne signifie pas que chaque assureur réglait ses factures avec 164 jours de retard. Mais il montre combien de trésorerie pouvait être immobilisée dans les créances, même lorsque l’entreprise affichait des bénéfices.
Dans le vitrage automobile, ce décalage est particulièrement sensible. Lorsqu’un automobiliste utilise la cession de créance, il peut faire remplacer son pare-brise sans avancer les frais couverts par son assurance. Le réparateur fournit immédiatement le vitrage et la main-d’œuvre, puis attend le remboursement de l’assureur.
Samuel Brigantino attribue une large part des difficultés de son groupe aux retards de paiement et aux contestations de factures des compagnies d’assurance. Il affirme que les sommes non réglées atteignaient plusieurs millions d’euros. Ces montants restent ses propres estimations.
Dans son jugement du 25 juin 2026, le tribunal rapporte que l’administrateur judiciaire avait identifié plusieurs facteurs : les litiges avec les assureurs, une désorganisation des services comptables pendant l’année 2025 et d’importantes avances de trésorerie consenties par une holding à des sociétés immobilières du groupe. Ces dernières avaient également contribué aux difficultés financières.
La crise ne se limitait donc pas à un désaccord commercial avec les assureurs. Les flux financiers internes et la gestion comptable figuraient aussi parmi les fragilités signalées à la justice. Le poids respectif de chacun de ces facteurs n’est pas établi.
De la difficulté à encaisser à l’impossibilité de payer les salaires
Placée en redressement judiciaire le 30 avril, Glass Express France disposait encore, en juin, de moyens suffisants pour poursuivre provisoirement son activité, selon le tribunal. Mais l’administrateur judiciaire soulignait déjà le manque de visibilité sur les prévisions financières.
En septembre, la situation avait empiré. Les recouvrements de juillet avaient été très insuffisants. Les salaires de ce mois avaient été réglés avec retard et le paiement de ceux d’août était menacé. La poursuite de l’activité avait créé 136 000 euros de dettes supplémentaires.
Le jugement du 10 septembre constate alors l’impossibilité de redresser l’entreprise. Il prononce sa liquidation, tout en autorisant une poursuite temporaire jusqu’au 2 novembre pour chercher un repreneur.
À l’audience, le comité social et économique s’était déclaré favorable à une liquidation assortie d’une poursuite temporaire de l’activité, pour préserver les droits des salariés et permettre l’examen d’une reprise. Le jugement rapporte aussi la volonté des salariés de continuer à travailler et leur confiance dans le dirigeant.
Samuel Brigantino a finalement présenté une offre visant, selon lui, à conserver les 80 emplois concernés. Le tribunal l’a rejetée le 29 octobre. Les motifs précis du rejet ne sont pas connus, la décision motivée n’ayant pas été consultée. L’activité des deux sites s’est arrêtée à l’expiration du délai judiciaire.
Deux sites fermés, plusieurs sociétés concernées
Le dossier ne concerne pas une seule société. Glass Express France, liquidée le 10 septembre, assurait notamment des fonctions de siège. SER Normandie / IDF, dont le siège est à Gravigny, a été placée en liquidation judiciaire le 29 octobre, selon les informations du registre du commerce.
Cette seconde société possède également des établissements déclarés à Rouen et Harfleur, en Seine-Maritime. Leur situation après la liquidation reste à préciser. Les autres plateformes régionales citées par Samuel Brigantino relèvent de structures distinctes, ce qui explique qu’elles puissent poursuivre leur activité.
Pour les salariés d’Évreux et de Gravigny, cette continuité ailleurs ne préserve pas leurs postes. Dans le cadre d’une liquidation judiciaire, le contrat de sécurisation professionnelle doit être proposé aux salariés éligibles concernés par un licenciement économique. Il prévoit un accompagnement renforcé par France Travail. Le nombre de salariés qui en bénéficieront n’est pas encore connu.
À Évreux, les fonctions du siège cessent rue Jacquard ; à Gravigny, la plateforme de distribution ferme. Pour les 80 salariés concernés, la prochaine étape n’est plus la reprise de leur établissement, mais l’accompagnement du licenciement et la recherche d’un nouvel emploi.
Sources consultées
- Tribunal de commerce d'Évreux, via Pappers JusticeJugement du 25 juin 2026, n° 2026L00326
- Tribunal de commerce d'Évreux, via Pappers JusticeJugement du 10 septembre 2026, n° 2026L00466
- Pappers EntreprisesGlass Express France, SIREN 797 542 560
- Pappers EntreprisesSER Normandie / IDF, SIREN 940 232 366
- Le Parisien« Une aberration » : à Évreux, 80 salariés licenciés après la liquidation de Glass Express
- France TravailLicenciement économique et contrat de sécurisation professionnelle