
À Évreux, le festival Les AnthropoScènes devait revenir du 10 au 23 mai 2027, avec ses spectacles, ses rencontres scientifiques et ses réflexions sur le vivant. Son annulation est pourtant annoncée par le Syndeac, syndicat des entreprises artistiques et culturelles. Et le Tangram, qui l’organise, pourrait rester sans programmation publique à la Scène nationale et au Kubb jusqu’en janvier 2028.
À l’origine de cette perspective, une décision prise le 9 octobre : les cinq partenaires publics du Tangram réduisent leurs contributions de 354 300 € pour 2027. Une économie équivalente à 11 % des contributions publiques, mais qui entraînerait, selon le Syndeac, une baisse de 40 % du budget artistique disponible.
Un festival qui devait irriguer tout le département
Les AnthropoScènes avaient enregistré 10 892 entrées en 2026, selon le Syndeac. Depuis leur création en 2022, elles mêlaient théâtre, concerts, cinéma, conférences et balades autour des relations entre les humains et le monde vivant. « J’y emmenais des classes », raconte Frédéric Simon, abonné du Tangram, à Relikto.
L’édition 2027 devait explorer les « Sociétés et cultures du Vivant ». À Bernay, une rencontre autour des peuples autochtones était annoncée. Six classes de l’Eure participent aussi cette année à un jury de cinéma scientifique, dont le film lauréat devait être projeté lors du festival suivant.
Le calendrier exact reste toutefois à clarifier. Le site officiel des AnthropoScènes présente toujours son édition 2027 et le Tangram affiche notamment Bunker, un spectacle prévu le 18 mai au Cadran. La mairie de Bernay annonce également une ciné-rencontre ce même jour au théâtre Le Piaf. Les représentants du personnel confirment l’annulation du festival, mais aucune programmation corrigée ne précise encore quelles représentations déjà engagées pourraient être maintenues.
Pourquoi 11 % de financements en moins peuvent supprimer 40 % des moyens artistiques
Le Tangram dispose d’un budget global d’environ 3,8 millions d’euros. Il réunit trois activités : la Scène nationale Évreux-Louviers, le Kubb, consacré aux musiques actuelles, et le palais des congrès Le Cadran.
Pour faire fonctionner cet ensemble, une partie des dépenses demeure difficile à réduire : personnel permanent, entretien des bâtiments, énergie, sécurité. Surtout, les spectacles de la saison 2026-2027 sont déjà largement programmés, avec des engagements financiers pris auprès des artistes.
Une baisse de financement décidée en octobre ne peut donc pas être répartie uniformément sur toutes les activités de l’année suivante. Elle frappe principalement les dépenses encore ajustables, notamment les nouvelles créations, les rencontres et la programmation de l’automne.
C’est ainsi que le Syndeac explique la réduction annoncée de 40 % du budget artistique. Le calcul précis n’a toutefois pas été rendu public, ce qui empêche de vérifier indépendamment cette proportion.
L’effet pourrait encore s’aggraver : moins de spectacles signifie aussi moins de recettes de billetterie.
Une décision collective, des conséquences départementales
Le Tangram dépend de cinq financeurs : la Ville d’Évreux, Évreux Portes de Normandie, le Département de l’Eure, la Région Normandie et l’État. Chacun diminue sa contribution pour 2027, selon les montants rapportés par le magazine culturel Relikto.
Ce financement partagé permet à Évreux de disposer d’équipements et d’une programmation qu’elle financerait difficilement seule. Mais lorsque les cinq partenaires réduisent simultanément leurs apports, aucun ne compense pour l’instant les économies décidées par les autres.
Les raisons budgétaires précises de ces réductions n’ont pas été détaillées publiquement. Le Tangram est la seule Scène nationale de l’Eure, un label qui implique notamment de soutenir la création et de diffuser des spectacles sur le territoire.
Sa programmation actuelle passe par Les Andelys, Vexin-sur-Epte, La Saussaye ou Verneuil-d’Avre-et-d’Iton. Une contraction durable de ses moyens toucherait donc aussi les habitants de communes éloignées d’Évreux.
Elle concerne également les professionnels. Le Syndeac recense 97 intermittents et 46 vacataires ayant travaillé pour l’établissement. Aline Villeneuve, représentante du personnel, souligne dans Relikto les conséquences attendues pour les compagnies, les actions auprès des élèves et les commerces accueillant les artistes.
À cette réduction des moyens s’ajoute le non-renouvellement du mandat de Valérie Baran, directrice depuis 2019, à l’issue de la saison 2026-2027. Le Tangram devra ainsi organiser sa succession au moment où il prépare une saison fortement réduite.
Le Syndeac appelle à un rassemblement le 19 novembre. Le prochain conseil d’administration, prévu le 4 décembre, pourrait permettre de réexaminer les financements.
D’ici là, la saison en cours continue. Mais pour les habitants qui fréquentent le théâtre Legendre, le Kubb ou les spectacles proposés dans les communes de l’Eure, la rentrée de septembre 2027 demeure menacée : selon le calendrier présenté par le Syndeac, il faudrait attendre janvier 2028 pour retrouver une programmation publique régulière à la Scène nationale et au Kubb.
Sources consultées
- SyndeacLe Tangram à Évreux, symptôme d'un abandon politique de la culture
- Le TangramProgrammation de la saison 2026-2027
- Mairie de BernayFestival Les Anthroposcènes
- PariscienceJury en Herbe
- ReliktoLa prochaine saison du Tangram pourrait commencer en janvier 2028
- ReliktoLe Tangram, un « petit bijou » à défendre