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À Saint-Étienne-du-Vauvray, Eqiom veut traiter 16 000 tonnes de déchets en plus pour alimenter une cimenterie du Pas-de-Calais

À Saint-Étienne-du-Vauvray, Eqiom veut fonctionner 60 jours de plus par an pour alimenter Lumbres. Le projet soulève des questions sur les camions et la surveillance des eaux.

Illustration - usine de traitement de déchets

À Saint-Étienne-du-Vauvray, Eqiom veut porter sa capacité de traitement de déchets industriels de 44 000 à 60 000 tonnes par an, soit une hausse de 36 %. L’objectif n’est pas d’agrandir l’usine, mais de la faire fonctionner davantage pour répondre aux besoins d’une cimenterie située dans le Pas-de-Calais. Les habitants peuvent donner leur avis jusqu’au 2 novembre 2026.

L’établissement de la rue Neuve joue un rôle méconnu. Il reçoit des déchets industriels dangereux et non dangereux, notamment des boues, des liquides et des poudres, puis les mélange à des matières absorbantes pour fabriquer un combustible solide. Celui-ci est principalement envoyé à la cimenterie Eqiom de Lumbres, où il remplace une partie des combustibles fossiles.

C’est la transformation de cette cimenterie qui motive la demande. Le programme K6 prévoit le remplacement de deux anciens fours par un équipement plus performant, capable d’utiliser davantage de combustibles issus de déchets. La réduction de la consommation de charbon et de coke de pétrole suppose donc aussi d’adapter les installations qui préparent ces combustibles ailleurs en France.

Soixante jours de production supplémentaires

À Saint-Étienne-du-Vauvray, Eqiom mise sur ses installations existantes. La capacité quotidienne progresserait seulement de 204 à 214 tonnes. En revanche, le nombre de jours de fonctionnement passerait de 220 à 280 par an, avec une production le samedi entre 7 h et 20 h 30.

L’entreprise prévoit également de moderniser certains équipements et de remplacer une partie des sciures de bois utilisées dans les mélanges par des déchets broyés de textiles, plastiques, papiers ou bois. La capacité de stockage de déchets dangereux conditionnés augmenterait de 160 à 209 tonnes.

Eqiom privilégie ainsi l’utilisation de son installation existante plutôt que la création d’un nouveau centre, sans artificialisation supplémentaire sur le site. Cette organisation concentre cependant davantage d’activité sur une usine déjà en fonctionnement.

Rue Nationale, les camions inquiètent

Selon Eqiom, le trafic moyen passerait de 18,6 à 20,4 poids lourds par jour, réceptions et expéditions comprises, soit une hausse de 9,8 %. L’entreprise compte notamment charger davantage les camions sortants, jusqu’à 25 tonnes contre 22 actuellement.

Le samedi, aucun transport habituel n’est prévu. Des mouvements exceptionnels resteraient possibles le matin, après information préalable de l’administration.

Mais les itinéraires routiers constituent une contrainte locale. Depuis la rue Neuve, l’itinéraire vers la RD110 n’est accessible qu’aux véhicules de moins de 2,4 mètres de haut. Les poids lourds empruntent donc la rue Nationale pour rejoindre les routes départementales donnant accès aux autoroutes A13 et A154.

Deux contributions anonymes déposées les 19 et 25 octobre dénoncent déjà le bruit des bennes, les vibrations dans les habitations, les poussières et la vitesse des camions. Un habitant demande notamment une limitation à 30 km/h et le bâchage systématique des remorques. Ces témoignages ne mesurent pas les nuisances, mais identifient précisément ce que les riverains souhaitent voir changer.

Des garanties environnementales à préciser

Le 26 mars 2026, le préfet de l’Eure a décidé que le projet n’avait pas à faire l’objet d’une évaluation environnementale. Cette décision ne vaut pas autorisation des modifications demandées.

Lors d’une inspection en octobre 2025, la DREAL avait demandé à Eqiom de compléter son réseau de surveillance des eaux souterraines. L’usine se trouve à 1,5 km du champ captant des Hauts-Prés, à Val-de-Reuil, utilisé pour l’alimentation en eau potable, et dans son périmètre de protection éloignée. Une pollution des sols étant déjà identifiée sur le site, les trois piézomètres de contrôle ne se trouvaient pas toujours en aval de la zone polluée, selon le sens d’écoulement de la nappe.

Cette lacune ne constitue pas un constat de contamination du captage. Aucun rapport d’inspection ultérieur publié ne permet de savoir si les corrections demandées ont été effectuées. L’inspection avait également demandé de finaliser le plan de défense contre l’incendie.

L’augmentation de capacité reste soumise à la décision administrative. Les habitants peuvent déposer leurs observations sur le registre de consultation publique jusqu’au lundi 2 novembre à 18 heures, notamment sur la circulation rue Nationale et les garanties environnementales de l’usine.

Sources consultées
  1. Eqiom et Socotec EnvironnementDossier de modifications des conditions d'exploiter, développement des activités de valorisation de déchets dangereux et non dangereux, juillet 2026
  2. Préfecture de l'Eure / Registre DématérialiséParticipation du public par voie électronique, établissement Eqiom de Saint-Étienne-du-Vauvray
  3. Registre DématérialiséContributions du public au projet Eqiom
  4. DREAL Normandie / GéorisquesRapport de l'inspection des installations classées, visite du 8 octobre 2025
  5. DREAL NormandieProjet d'augmentation du volume de l'activité de prétraitement de déchets dangereux et non dangereux, décision du 26 mars 2026
  6. EqiomProgramme K6, transformation de la cimenterie de Lumbres