
À Mesnil-Rousset, dans le pays d’Ouche, deux nouvelles éoliennes sont autorisées à rejoindre six machines déjà installées dans le secteur, entre la commune et La Haye-Saint-Sylvestre. Mais leur fonctionnement devra tenir compte d’une diversité remarquable de chauves-souris : les inventaires écologiques ont identifié au moins 17 des 21 espèces alors connues en Normandie.
Le 8 octobre, la cour administrative d’appel de Douai a maintenu l’autorisation du projet, tout en imposant des arrêts nocturnes plus stricts pour protéger ces animaux. Une décision qui transforme des observations naturalistes en règles obligatoires de production électrique.
Des couloirs de vol près des pales
Le paysage paraît favorable aux éoliennes : de grandes parcelles agricoles ouvertes, un relief peu marqué, un parc existant depuis 2015. Pourtant, les haies, les chemins et les lisières des boisements composent un autre réseau, invisible pendant la journée.
Les chauves-souris empruntent ces couloirs pour se déplacer et chasser les insectes. Certaines espèces, comme la noctule commune ou la pipistrelle de Nathusius, volent aussi en altitude, là où tournent les pales. L’une des futures machines se trouvera à seulement 66 mètres d’un boisement, distance mesurée depuis le bout des pales.
Les deux éoliennes de 150 mètres totalisent 7,2 MW. Avant le renforcement du bridage, le dossier prévoyait une production annuelle de 16,5 GWh. Le montage présenté dans ce dossier associe Engie Green à plusieurs acteurs publics locaux.
Quand la météo commande l’arrêt des machines
Pour limiter les collisions, l’exploitant avait prévu un « bridage » : l’arrêt automatique des éoliennes lorsque les conditions favorisent l’activité des chauves-souris. Le dispositif avait déjà été renforcé pendant l’instruction du projet.
Mais il restait limité à la période d’avril à octobre, avec des seuils de vent différents selon les saisons. Selon les données examinées par la cour, ce réglage ne couvrait que 81 % de l’activité des noctules sur un cycle biologique complet. Le risque de destruction d’espèces protégées demeurait trop important.
Les juges ont donc imposé une nouvelle règle. Les deux éoliennes devront s’arrêter toute l’année, du coucher au lever du soleil, lorsque trois conditions sont réunies : une température supérieure à 10 °C, l’absence de précipitations et un vent inférieur à 7 m/s.
Les nuits douces, sèches et peu venteuses favorisent justement l’activité des chauves-souris. Au parc voisin du Moulin de Séhen, les données montrent qu’un bridage sous ce seuil de vent, avec une température supérieure à 10 °C, couvre 93 % de l’activité des noctules pendant leur migration automnale. Ce pourcentage mesure l’activité concernée par les arrêts, pas la mortalité évitée.
Dès 2023, l’autorité environnementale avait également souligné qu’avec le réchauffement climatique, les chauves-souris pouvaient prolonger leur activité au-delà de leur période habituelle, notamment en retardant leur hibernation. Les arrêts prévus uniquement d’avril à octobre risquaient donc de ne pas couvrir toute leur activité.
Un compromis qui modifie la production
L’association pour la protection du pays d’Ouche et plusieurs riverains demandaient l’annulation complète de l’autorisation préfectorale délivrée en juillet 2024. La cour a rejeté leurs autres arguments, notamment sur les paysages et les nuisances sonores.
Elle a néanmoins considéré que les protections initiales étaient insuffisantes. Plutôt que d’annuler le projet ou d’exiger une procédure supplémentaire de dérogation pour les espèces protégées, elle a directement renforcé les prescriptions de fonctionnement.
Avec ce bridage plus strict, les machines pourraient s’arrêter davantage que prévu et produire moins. L’effet sur les 16,5 GWh annuels estimés dans le dossier initial n’est pas chiffré.
À Mesnil-Rousset, les deux éoliennes restent autorisées. Lorsqu’elles entreront en service, leur production dépendra aussi des nuits douces, sèches et peu venteuses pendant lesquelles les chauves-souris parcourent les haies du pays d’Ouche.
Sources consultées
- Cour administrative d’appel de DouaiArrêt du 8 octobre 2026, n° 24DA02392
- Engie Green / ATER EnvironnementProjet éolien Transition euroise Mesnil-Hamel, résumé non technique de l’étude d’impact sur l’environnement et la santé, 2022
- Mission régionale d’autorité environnementale de NormandieAvis délibéré n° 2023-4791 du 29 mars 2023, projet éolien Transition euroise Mesnil-Hamel