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À Gaillon, l’Agglo construit la gendarmerie, l’État paiera le loyer

À Gaillon, l’Agglo Seine-Eure finance l’essentiel d’une gendarmerie de 12 millions d’euros. Un montage courant en France, mais dont les loyers posent un problème que l’État cherche à résoudre.

Illustration - gendarmerie et logements à Gaillon

À Gaillon, la nouvelle gendarmerie sort de terre, mais ce n’est pas l’État qui règle l’essentiel de la facture. Pour remplacer une caserne vieillissante, l’Agglomération Seine-Eure engage 9,66 millions d’euros. En contrepartie, elle doit devenir le bailleur d’un service national : la gendarmerie.

La première pierre a été posée le 12 octobre, sur un chantier commencé début 2026 dans le quartier de Gailloncel. Le programme, évalué à environ 12 millions d’euros de travaux, comprend 733 m² de locaux administratifs et 35 logements pour les militaires et leurs familles. L’État apporte une subvention annoncée de 2,15 millions d’euros. La livraison est prévue en décembre 2027.

La brigade, qui intervient dans 24 communes, occupe actuellement une caserne construite en 1974, devenue inadaptée. Tous les gendarmes ne peuvent pas y résider. Le nouvel ensemble doit améliorer leurs conditions de travail et permettre aux familles de vivre sur place.

Une collectivité qui construit, un État qui loue

Ce partage des rôles peut surprendre. La sécurité relève de l’État, mais les bâtiments qui abritent les gendarmes appartiennent souvent à d’autres propriétaires. En France, environ 3 000 casernes sont louées, principalement auprès de collectivités territoriales et de bailleurs sociaux.

Le mécanisme permet à l’État de disposer de nouveaux locaux sans prendre en charge la totalité de leur construction dès le départ. La collectivité investit, emprunte si nécessaire, puis perçoit un loyer destiné à amortir l’opération. Elle assume également les dépenses importantes d’entretien qui incombent au propriétaire.

À Gaillon, la commune souhaitait conserver durablement sa brigade. Elle a proposé gratuitement le terrain de Gailloncel. Après l’abandon d’une réalisation envisagée avec le bailleur MonLogement27, l’Agglo a repris le projet. Elle avait déjà l’expérience de la construction d’une gendarmerie à Louviers et gère également celle de Pont-de-l’Arche.

L’engagement financier est conséquent. Pour 2026, Seine-Eure inscrit 6 millions d’euros de travaux à Gaillon. Son budget annexe consacré aux gendarmeries prévoit 1,35 million d’euros de subventions et un besoin d’emprunt de 4,67 millions d’euros.

Cette participation de 9,66 millions d’euros n’est pas un coût net définitif : les loyers de l’État doivent en compenser une partie au fil des années.

Des loyers qui ne couvrent pas toujours les coûts

Dans un rapport publié en juillet 2024, le Sénat relevait que les plafonds servant au calcul des loyers des casernes étaient inférieurs de 30 à 50 % aux coûts réels supportés par leurs constructeurs. Ces plafonds, calculés notamment à partir du nombre de logements, tiennent insuffisamment compte des exigences particulières des bâtiments militaires, comme les locaux sécurisés.

Pour les collectivités propriétaires, les loyers peuvent ainsi être trop faibles pour couvrir correctement l’investissement et l’entretien. Le premier bail est en outre conclu pour neuf ans, sans révision du loyer pendant cette période.

Cette difficulté est désormais reconnue par le gouvernement. En juin 2026, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez annonçait vouloir remplacer le système de plafonds par une redevance fondée sur les coûts réels de financement et les charges des propriétaires. L’objectif annoncé était une application à partir du 1er janvier 2027.

La réforme pourrait modifier les conditions économiques de futurs projets. Son application aux opérations déjà engagées, comme celle de Gaillon, n’était toutefois pas précisée.

Le montant du futur loyer de Gaillon n’a pas été rendu public, ce qui empêche encore d’évaluer le coût net de cette construction pour Seine-Eure.

À Gailloncel, les 35 logements sont attendus pour décembre 2027. Une fois les clés remises aux gendarmes, Seine-Eure restera propriétaire des bâtiments et devra en assurer l’entretien, avec les loyers versés par l’État pour contribuer à leur financement.

Sources consultées
  1. Agglomération Seine-EureLa première pierre de la future gendarmerie est posée
  2. Agglomération Seine-EureConseil communautaire du 18 décembre 2025, budget primitif 2026
  3. Sénat, commission des financesImmobilier de la gendarmerie nationale, rapport d'information n° 728, juillet 2024
  4. Sénat, commission des financesImmobilier de la gendarmerie nationale, analyse des modes de financement
  5. Sénat, ministère de l’IntérieurDécret de 2016 sur les baux des casernes de gendarmerie, question d’actualité et réponse du 10 juin 2026
  6. Sénat, ministère de l’IntérieurModalités de mise à disposition de casernes de gendarmerie, réponse du 28 mai 2026