
À Beuzeville, le sauvetage de Poulingue réalisé en 2024 n’a pas suffi à stabiliser l’entreprise. La Société Nouvelle Poulingue, créée en mars 2024 pour reprendre l’entreprise historique de construction bois, a été placée en redressement judiciaire le 8 octobre 2026 par le tribunal de commerce de Bernay. Un administrateur judiciaire recherche un nouvel acquéreur, avec des offres attendues avant le 16 novembre.
Cette deuxième procédure arrive après un autre recul : en juillet, Ouest-France révélait l’arrêt de la production sur le site de Beuzeville et la mise en vente des locaux. Une cinquantaine de salariés travaillaient encore dans les bureaux à cette date, contre près de 200 personnes dans l’entreprise historique quelques années auparavant.
Un sauvetage qui promettait un changement d’échelle
En mars 2024, OBM Construction, groupe spécialisé dans la construction bois, avait repris les actifs des Établissements Poulingue après leur redressement judiciaire. Quelque 107 salariés, près de 60 % des effectifs, avaient été conservés dans la nouvelle société.
L’ambition était de combiner les compétences des deux entreprises : charpente et préfabrication bois d’un côté, réhabilitation, désamiantage et travaux spéciaux de l’autre. OBM annonçait alors un objectif de 30 millions d’euros de chiffre d’affaires pour la première année, puis 50 millions à l’horizon 2026.
Les comptes publiés sont loin de ces objectifs. Après 12,9 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, sur un exercice commencé en mars, la Société Nouvelle Poulingue enregistre 11,9 millions en 2025 et une perte nette de 1,5 million. Ses capitaux propres deviennent négatifs, à hauteur de 1,45 million d’euros.
En octobre, le tribunal fixe la date de cessation des paiements au 10 septembre. L’entreprise n’a donc pas réussi à retrouver un équilibre financier durable malgré sa reprise.
À Bourg-Achard, une entreprise encore présente sur les grands chantiers
Pourtant, Poulingue remportait encore des marchés publics en 2026.
En mars, la Région Normandie lui attribue un marché de 1,69 million d’euros pour la déconstruction et la reconstruction partielles du lycée Louis-de-Broglie, à Bourg-Achard. Le contrat, prévu sur seize mois, comprend notamment des travaux de structure bois, de bardage, de couverture et de menuiseries.
Ce chantier ramène Poulingue sur un terrain connu. Les anciens Établissements Poulingue avaient participé à la construction initiale de ce campus, notamment avec des murs à ossature bois isolés en paille. Au printemps 2024, des fissures évolutives avaient été découvertes sur des poutres de la structure.
Une expertise judiciaire a été ordonnée en mai 2024, avec la Société Nouvelle Poulingue parmi les parties à la procédure. La Région a finalement choisi de démolir et reconstruire la partie touchée. Elle a conclu avec les entreprises concernées et leurs assureurs un accord prévoyant une indemnisation de 3,75 millions d’euros. Les documents publiés n’établissent pas la responsabilité individuelle de Poulingue.
C’est donc la nouvelle société issue du sauvetage de Poulingue qui a été retenue pour intervenir sur cette reconstruction, aux côtés d’autres entreprises.
Le 25 septembre, la Région indiquait que les travaux se poursuivaient et maintenait l’objectif d’une ouverture en septembre 2027. Ce lycée doit accueillir jusqu’à 1 000 élèves, notamment pour soulager les établissements de Pont-Audemer et d’Elbeuf.
Depuis l’ouverture du redressement judiciaire, aucune information nouvelle n’a été publiée sur l’exécution du marché confié à Poulingue.
Que reste-t-il à reprendre à Beuzeville ?
Ces marchés montrent que Poulingue trouvait encore des clients. Mais dans le bâtiment, une commande ne garantit ni la marge ni la trésorerie nécessaires pour payer les équipes et avancer les travaux.
L’arrêt annoncé de la production à Beuzeville change également la nature du sauvetage envisagé. Poulingue disposait historiquement d’ateliers capables de fabriquer des murs, des planchers et des éléments de charpente bois. La mise en vente de ses locaux signifie qu’une reprise des activités ne garantirait pas, à elle seule, le retour de cette fabrication sur place.
Les comptes 2025 mentionnaient 76 salariés. L’appel à repreneurs publié en octobre indique une tranche de 51 à 100 personnes, sans fournir l’effectif exact actuel.
Le redressement judiciaire laisse ouverte la poursuite des activités, avec l’assistance de l’administrateur. Une cession pourrait préserver tout ou partie des emplois et des compétences, selon le projet retenu. Les candidats intéressés peuvent manifester leur intérêt pour la reprise avant le 16 novembre.
Deux ans après avoir sauvé une partie des équipes des Établissements Poulingue, la nouvelle procédure doit déterminer quels emplois et quelles compétences pourront être conservés, et si la fabrication bois a encore un avenir à Beuzeville.
Sources consultées
- PappersSociété Nouvelle Poulingue, informations juridiques et financières
- OBM ConstructionOBM Construction développe son activité en acquérant l'entreprise Poulingue
- Ouest-France« Les locaux devront être vidés d'ici fin juillet » : en proie à des difficultés, Poulingue, à Beuzeville, vend ses locaux
- Bulletin officiel des annonces des marchés publicsAvis d'attribution de marché n° 26-27648 du 17 mars 2026
- Région NormandieLe chantier de reconstruction du Campus Lycéen International Normand de Bourg-Achard a débuté
- Tribunal administratif de RouenOrdonnance du 24 mai 2024, n° 2401720