
À Beaumont-le-Roger, une ancienne fonderie est devenue un endroit où l’on fait tomber des batteries, où on les immerge et où l’on peut provoquer leur surchauffe. Le groupe Emitech y a inauguré, le 2 octobre, un centre d’essais consacré aux batteries de grande capacité. Son métier : pousser ces équipements jusqu’à leurs limites pour comprendre ce qui résiste, ce qui cède et pourquoi.
Car une batterie endommagée ne livre pas spontanément les causes de sa défaillance. Pour savoir ce qui s’est produit, il faut préparer l’expérience, installer des capteurs, enregistrer les phénomènes puis examiner les composants après l’essai.
C’est cette chaîne de travail que le groupe a choisi de réunir dans l’Eure.
Provoquer l’accident, mesurer ses conséquences
Prenons l’emballement thermique, l’un des accidents les plus redoutés des batteries lithium-ion. Lorsqu’une cellule devient trop chaude, des réactions internes peuvent s’accélérer et dégager une chaleur intense, parfois accompagnée de gaz inflammables.
Mais l’incendie n’est pas une fatalité à chaque défaillance. Tout dépend notamment de la capacité du système à empêcher la chaleur de gagner les cellules voisines.
Pour un fabricant, la question devient alors précise : une défaillance reste-t-elle confinée à une cellule, ou se propage-t-elle à l’ensemble du bloc ? Combien de temps les protections retardent-elles cette propagation ? Les dispositifs de sécurité réagissent-ils suffisamment tôt ?
Ces réponses peuvent orienter la conception d’une batterie : modifier une isolation thermique, revoir une protection ou améliorer un système d’alerte.
Le laboratoire doit donc faire davantage que reproduire un incident. Il doit le rendre mesurable et exploitable.
Emitech dispose à Beaumont-le-Roger d’un banc consacré à l’emballement thermique. Pour ce type d’essai, le groupe indique utiliser des capteurs de température et de pression ainsi que des enregistrements vidéo pour suivre le déroulement des phénomènes.
Un laboratoire qui ne s’arrête pas à l’essai
Toutes les épreuves ne se terminent pas par une destruction.
Des bancs de cyclage enchaînent charges et décharges pour étudier les performances et le vieillissement. Les essais d’immersion vérifient l’étanchéité, ceux de chute la résistance aux chocs. Un dispositif de retournement permet de rechercher d’éventuelles fuites.
À Beaumont-le-Roger, ces équipements occupent des cellules d’essais dédiées. Une zone d’expertise complète les installations pour examiner les batteries après les tests.
« Nous recevons les batteries, nous les préparons, nous les instrumentons, nous les testons, puis nous les expertisons pour comprendre précisément leur comportement », résume Sébastien Potteau, directeur des opérations d’Emitech.
Ce travail intéresse notamment les constructeurs automobiles et leurs équipementiers. Tester une batterie suppose de disposer d’installations spécialisées, capables de supporter des sollicitations potentiellement dangereuses, mais aussi d’ingénieurs capables d’interpréter les résultats.
Les fabricants doivent également pouvoir programmer ces essais au moment où ils en ont besoin, notamment lorsqu’une modification impose de retester une batterie. La disponibilité des équipements compte autant que leur diversité.
Quatre millions d’euros pour réunir ces compétences dans l’Eure
La France possède déjà des installations spécialisées dans les essais de sécurité des batteries, notamment à l’Ineris. Le centre de Beaumont-le-Roger augmente les capacités d’essais disponibles et permet d’en réaliser plusieurs types au même endroit.
Emitech a repris l’ancienne friche industrielle en février 2024. Un peu plus de deux ans et demi plus tard, elle accueille une quinzaine de moyens d’essais dans 4 000 m² de bâtiments, sur un terrain de quatre hectares.
L’investissement atteint 4 millions d’euros. Le site emploie quatorze personnes, dont douze sur des postes nouvellement créés.
Le centre vise d’abord les batteries de la mobilité électrique. Des essais vibratoires et climatiques supplémentaires sont prévus pour compléter ses installations.
L’entreprise ne publie pas encore de résultats permettant de mesurer les délais gagnés par ses clients grâce au regroupement des essais.
À Beaumont-le-Roger, le parcours d’une batterie ne s’arrête pas au banc où elle subit une chute ou une surchauffe. Il se poursuit dans la zone d’expertise de l’ancienne fonderie, où les ingénieurs cherchent à comprendre ce qui a cédé.
Sources consultées
- Groupe EmitechLe Groupe Emitech inaugure à Beaumont-le-Roger un centre d’expertise dédié aux batteries de grande capacité
- ActutemEmitech inaugure un centre d’essais de batteries à Beaumont-le-Roger
- Groupe EmitechEssais d’emballement thermique sur batteries lithium-ion et autres technologies
- InerisBatteries : conception/fabrication