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À Vernon, Gao Bo fait écrire sur ses photographies du Tibet

Au Pavillon des Jouets à Vernon, Gao Bo expose des photographies du Tibet transformées avec son sang et des inscriptions tracées par des habitants tibétains.

Illustration - Photographies du Tibet et calligraphie

Au Pavillon des Jouets, à Vernon, les photographies du Tibet de Gao Bo portent des écritures qui n’existaient pas au moment de la prise de vue. Certaines ont été tracées avec son propre sang, d’autres par des Tibétains invités à intervenir sur les images. L’exposition « Offrandes, Tibet 1985-1995 », présentée cet automne dans une ancienne usine de torréfaction, raconte cette étonnante seconde vie des photographies.

Tout commence en 1985. Gao Bo est étudiant en Chine et rêve de partir loin. À l’époque, voyager à l’étranger lui est pratiquement impossible. Il choisit le Tibet, qui lui paraît alors le bout du monde accessible. Il emprunte deux appareils photo, l’un à son professeur, l’autre à un ami. De retour dans son dortoir, il développe ses pellicules pendant la nuit.

D’autres voyages suivent jusqu’en 1995. Il photographie des pèlerins prosternés, des moines, des paysans, des moulins à prière et les paysages de l’Himalaya. Puis les négatifs restent rangés pendant près de quinze ans.

De retour au Tibet, il confie ses images aux habitants

En 2009, Gao Bo ferme son agence d’architecture et rouvre ses archives. Dans un entretien accordé en 2017 à Photography of China, il raconte sa surprise : il avait gardé le souvenir de photographies ratées et redécouvre un travail qu’il connaît à peine.

Il reprend près de 400 images pour composer 148 tirages uniques. Les photographies sont assemblées sans respecter nécessairement les dates, les lieux ou les sujets d’origine. Un portrait peut désormais côtoyer une scène réalisée plusieurs années auparavant.

Mais l’artiste ne s’arrête pas à ce remontage. Il retourne au Tibet avec ses tirages, souhaitant retrouver les lieux où il avait photographié les habitants.

Il invite alors des Tibétains à écrire directement sur les œuvres. Les interventions se déroulent dans des temples, des hôtels, des rues et des maisons particulières. Gao Bo précise que les signes ressemblant à l’écriture tibétaine ne sont pas de sa main : ils ont été tracés par les personnes rencontrées.

De son côté, il utilise notamment son propre sang comme encre et développe une calligraphie inventée, qu’il appelle « langage de l’âme ». Cette écriture ne sert pas à légender les images. Elle exprime ce que l’artiste estime ne pas pouvoir transmettre par les photographies et les mots ordinaires.

Des photographies prises par un voyageur chinois portent désormais les gestes de personnes tibétaines associées, des années plus tard, à leur transformation.

Une ancienne usine pour accueillir les offrandes

Gao Bo a poursuivi ses expériences mêlant photographies, peinture, installations et performances. La Maison européenne de la photographie lui avait consacré une rétrospective en 2017.

Installé à Vernon depuis 2023, l’artiste y a également créé un lieu de travail et d’exposition. Le Pavillon des Jouets occupe une ancienne usine de torréfaction construite en 1920, sur la route de Giverny.

L’histoire fait écho à une expérience antérieure en Chine : au festival photographique de Pingyao, Gao Bo avait contribué à transformer une usine abandonnée en espace d’exposition et de rencontre entre artistes.

À Vernon, les œuvres issues des collections de la Maison européenne de la photographie sont présentées dans le cadre du Bicentenaire de la photographie.

L’exposition est accessible gratuitement au Pavillon des Jouets, 134 route de Giverny à Vernon, les samedis, dimanches et jours fériés de 14 h à 18 h, jusqu’au 6 décembre.

Un film complète la présentation. Selon un reportage du Démocrate Vernonnais, les portraits d’un millier de Tibétains occupent également le centre du hall. Ces visages avaient auparavant été imprimés sur des galets pour une installation éphémère.

Sources consultées
  1. Photography of ChinaInterview: Gao Bo
  2. Maison européenne de la photographieBo, Offrandes, Tibet 1985-1995
  3. Ministère de la CultureExposition : Offrandes, Tibet 1985-1995, Photographie de Gao Bo
  4. Le Pavillon des JouetsInformations pratiques
  5. Seine Normandie Agglomération CultureExposition Offrandes, Tibet 1985-1995, Photographies de Gao Bo
  6. Le Démocrate Vernonnais, repris par France-TibetUn artiste chinois rend hommage au peuple tibétain à travers une exposition, en Normandie