
À Val-de-Reuil, la crise des effectifs ne se mesure pas seulement en postes vacants. Elle finit dans les jours de repos. Après des agressions de surveillants la semaine dernière et un week-end de débrayage, FO Justice affirme avoir obtenu lundi 5 octobre de la direction la fin des sanctions liées à certains refus de rappel pendant un repos hebdomadaire, notamment pour garde d’enfant ou contrainte familiale. Selon le syndicat, le directeur a toutefois indiqué que le recours même à ces rappels devait encore être revu.
FO Justice avance aujourd’hui un taux de couverture de 86 % et réclame 28 agents supplémentaires. Ces deux chiffres restent des données syndicales : aucune publication actuelle de l’administration retrouvée par La Clé ne permet de vérifier leur articulation. Dans une contribution d’avril au conseil d’évaluation de la prison, FO reproduisait en revanche des données qu’il disait communiquées par l’administration au 1er avril : la couverture « réelle » des postes de surveillance tombait alors à 82,8 %, après prise en compte de certaines indisponibilités et des départs prévus.
Surtout, ce document montrait ce que signifie un taux insuffisant dans un planning. Le nombre de sanctions financières liées aux rappels sur repos était passé, selon FO, de 3 en janvier à 14 en février puis 24 en mars. Sur le premier trimestre, moins de deux agents rappelés sur trois auraient pu répondre présents. Les postes à tenir ne disparaissent pas avec les absences : il faut rappeler des agents pendant leurs repos, accumuler des heures supplémentaires, réorganiser le service ou accepter que certains postes restent découverts.
À Val-de-Reuil, l’échelle de l’établissement réduit encore cette marge. Au 1er avril, le ministère de la Justice recensait 801 personnes détenues pour 831 places opérationnelles. La prison est répartie en seize bâtiments « satellites » et 32 unités d’hébergement. Lors de sa visite de 2021, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté avait observé une surveillance organisée en binômes circulant entre deux unités. Quand un binôme se trouvait ailleurs dans son secteur, certains espaces pouvaient rester sans surveillance humaine, alors que la vidéoprotection était jugée défaillante. Le CGLPL demandait déjà de renforcer à la fois les moyens humains et technologiques.
Le problème des effectifs précédait largement la séquence actuelle. En septembre 2021, le CGLPL comptait 244 surveillants affectés pour 263 postes théoriques, auxquels s’ajoutaient trois moniteurs de sport. Parmi ces 244 agents, 47 étaient alors indisponibles ou absents pour différents motifs. Les heures supplémentaires atteignaient en moyenne 36 heures par mois et par agent. Cinq ans plus tard, ces chiffres ne décrivent plus l’effectif actuel, mais ils documentent une organisation qui disposait déjà de peu de marge.
La réunion du 5 octobre n’apporte pas encore de renforts. Selon FO, la direction a accepté de supprimer certaines sanctions liées aux refus de rappel, tandis que le syndicat demande le paiement du reliquat d’heures supplémentaires et l’identification, un mois à l’avance, des postes qui resteront non couverts. FO réclame également davantage de vidéosurveillance et d’équipements de sécurité.
À Val-de-Reuil, la suite se verra donc aussi dans un objet beaucoup moins visible qu’une porte de prison ou une caméra : le planning. FO demande désormais que les trous soient identifiés un mois à l’avance. Si les rappels de dernière minute diminuent, les jours de repos cesseront au moins de servir de première variable d’ajustement.
Sources consultées
- FO JusticePrison de Val-de-Reuil : Compte-Rendu d’Audience avec la Direction
- FO JusticePrison de Val-de-Reuil : Contribution au Conseil d’Évaluation
- Contrôleur général des lieux de privation de libertéRapport de la deuxième visite du centre de détention de Val-de-Reuil
- Ministère de la JusticeStatistique des établissements et des personnes écrouées en France au 1er avril 2026