
L’État a prolongé le 27 août l’instruction du forage F8 demandé par Pierval à Douville-sur-Andelle. Pour prélever davantage d’eau dans l’Eure, l’entreprise pourrait utiliser une part du quota encore disponible en Seine-Maritime.
Pierval est aujourd’hui autorisée à prélever jusqu’à 150 000 m³ par an dans la nappe de l’Albien grâce à F7bis, un forage profond de 175 mètres lié à son usine de Pont-Saint-Pierre. Le projet examiné en 2026 prévoit d’abord de réaliser F8 comme forage de reconnaissance, puis de le soumettre à au moins une semaine d’essais de pompage. Si sa productivité et la qualité de son eau sont confirmées, le plafond total envisagé atteindrait 350 000 m³ par an, soit 200 000 m³ supplémentaires.
Ce besoin se heurte moins à l’absence d’eau sous Douville qu’aux règles qui organisent son prélèvement. Le dossier de consultation publique indique que le quota attribué à l’Eure dans l’Albien est déjà atteint. Pierval utilise d’ailleurs depuis plusieurs années des volumes inutilisés par d’autres titulaires : 25 000 m³ par an transférés provisoirement par Steiner depuis 2020, puis 22 000 m³ par Seine Normandie Agglomération depuis 2022. Ces 47 000 m³ ne constituent pas une solution pérenne.
Les préfets de l’Eure et de la Seine-Maritime ont donc accepté le principe d’un montage inhabituel. Pierval contribuerait au plan de secours en eau potable de la Seine-Maritime, en plus de celui de l’Eure. Si le nouveau forage est créé, un droit de prélèvement pourrait alors lui être attribué sur le volume encore disponible en Seine-Maritime. Le forage resterait à Douville-sur-Andelle, mais une partie du droit à prélever viendrait ainsi du département voisin.
Cette répartition des droits ne règle pas la question hydrologique. L’Albien se renouvelle lentement et constitue une réserve stratégique pour l’alimentation en eau potable en situation de crise. En janvier 2024, l’État avait imposé une évaluation environnementale à une première version du projet, qui prévoyait alors jusqu’à 250 000 m³ par an sur le nouveau forage. La décision relevait que les effets sur F7bis et les autres ouvrages voisins restaient insuffisamment établis, de même que la soutenabilité d’un prélèvement supplémentaire dans cet aquifère à faible renouvellement.
Le projet a depuis été revu. Les documents municipaux de 2026 font désormais apparaître 200 000 m³ supplémentaires, pour un plafond total de 350 000 m³ par an. L’arrêté du 27 août prolonge l’instruction de cette version sans encore trancher son autorisation.
Le montage entre les deux départements peut donc ouvrir à Pierval un droit de prélèvement que le quota eurois ne permet plus d’accorder. Il ne peut pas décider à lui seul de ce que l’Albien supportera. Le quota peut franchir la frontière départementale sur le papier ; l’eau, elle, sera toujours pompée sous Douville. Avant tout raccordement à l’usine de Pont-Saint-Pierre, F8 devra d’abord tenir au moins une semaine d’essais de pompage.
Sources consultées
- Préfecture de l’EureRecueil spécial N°27-2026-261 du 01 septembre 2026
- Préfecture de l’Eure / Registre NumériqueDemande d’autorisation environnementale relative à la création d’un forage de reconnaissance dans la nappe de l’Albien
- Commune de Pont-Saint-PierreCompte rendu du conseil municipal du 9 mars 2026
- DREAL NormandieDécision du 9 janvier 2024 relative à la réalisation d’une évaluation environnementale pour le projet de forage de Douville-sur-Andelle
- SIGES Seine-Normandie / BRGMSpécificités de gestion des nappes de l’Albien et du Néocomien