Article

À Navarre, vingt-deux ans après l’usine, les jardins entrent dans l’étude

À Évreux, l’étude autour des anciennes usines de Navarre doit recenser les usages sensibles dans un rayon de 500 mètres avant des prélèvements en 2027.

Illustration des anciennes usines de Navarre

Vingt-deux ans après la fermeture des Usines de Navarre, une question reste étonnamment mal documentée à Évreux : que reste-t-il de leurs rejets dans les sols que les habitants cultivent ou fréquentent aujourd’hui ? De septembre à décembre, l’étude pilotée avec l’ADEME doit recenser les usages sensibles dans un rayon de 500 mètres autour de l’ancienne fonderie, avant une campagne de prélèvements en 2027.

La pollution historique, elle, n’est pas une découverte. Implantées en 1895, les usines ont travaillé le cuivre puis le laiton et rejeté dans l’air du cuivre, du zinc, du plomb et du cadmium. Mais hors de la friche industrielle, la préfecture ne recense que deux études sur les sols, en 2004 et 2017. Les résultats sont jugés parcellaires et hétérogènes, avec notamment peu de prélèvements dans les jardins individuels. En 2017, des impacts ponctuels en cadmium, plomb et zinc avaient été relevés, sans justifier alors d’intervention urgente ; les mesures effectuées dans les écoles n’avaient pas mis en évidence de teneurs en plomb ou en cadmium.

Le travail programmé de septembre à décembre doit donc commencer par une carte des usages : jardins de maisons, espaces extérieurs d’établissements recevant du public et autres lieux sensibles. Le périmètre initial de 500 mètres pourra évoluer selon les résultats. Une fois ces endroits identifiés, des prélèvements sont prévus dans les sols en janvier et février 2027, puis dans les légumes au printemps et à l’été. Des puits privés pourront aussi être analysés, avec l’accord des occupants. Les premiers résultats doivent être communiqués aux occupants à partir de juin 2027.

Ce calendrier tardif s’explique aussi par l’évolution des connaissances. De nouveaux repères sanitaires sur le cadmium, publiés en 2023 et 2024, permettent aujourd’hui d’interpréter plus finement les concentrations mesurées dans les sols selon leurs usages et, si nécessaire, de définir des recommandations sanitaires.

En France, la gestion des sols pollués repose précisément sur cette logique. L’objectif n’est pas d’imposer partout le même niveau de dépollution, mais de vérifier que l’état d’un milieu est compatible avec ce qu’on y fait. Une parcelle imperméabilisée et un potager dont les légumes sont consommés ne présentent pas les mêmes possibilités d’exposition. Le ministère de la Transition écologique inscrit explicitement sa politique dans cette gestion des risques « suivant l’usage des milieux ».

L’exploitant a été liquidé en 2004 et un promoteur qui avait repris le site a lui-même été liquidé en 2015. Quand les responsables d’un site pollué ne peuvent plus assumer les investigations ou travaux nécessaires, l’État peut confier ces opérations à l’ADEME.

À Navarre, l’automne 2026 servira donc à repérer les lieux à examiner. En 2027 viendront les sols, les légumes et, si nécessaire, les puits du quartier.

Sources consultées
  1. Préfecture de l’EureAnciennes usines de Navarre - étude environnementale : questions fréquentes
  2. Ministère de la Transition écologiqueSites et sols pollués
  3. ADEMELes sites pollués gérés par l’ADEME