
Plus de 200 maires et élus de l’Eure se sont retrouvés mardi 21 juillet à Louviers, selon François-Xavier Priollaud, autour du ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, et du président du Département, Alexandre Rassaërt. Aucune carte locale des fermetures ou regroupements n’a été présentée. La rencontre s’appuyait toutefois sur une projection lourde de conséquences : l’Eure pourrait perdre 20 809 élèves d’ici 2035.
Les écoles et établissements publics et privés sous contrat accueillent 105 806 élèves en 2025. Ils n’en compteraient plus que 84 997 dix ans plus tard, soit une baisse de 19,7 %. Le recul national projeté sur la même période atteint 14,2 %.
Le premier degré passerait de 55 784 à 44 927 élèves. Le second suivrait, de 50 022 à 40 070, avec l’arrivée au collège puis au lycée de générations moins nombreuses.
Moins d’élèves ne signifie pourtant pas automatiquement moins d’écoles. L’État, par l’intermédiaire du directeur académique, peut supprimer un poste et fermer une classe sans vote municipal. La suppression d’une école relève en revanche du conseil municipal. Pour les collèges, le Département décide de la création ou de la fermeture de l’établissement, tandis que le rectorat répartit les classes et les enseignants.
Les décisions sont partagées, tout comme leurs conséquences. L’État peut supprimer, maintenir ou réaffecter des postes. Les communes continuent d’entretenir les écoles, de chauffer les bâtiments, d’organiser les cantines et le périscolaire. Lorsqu’un site ferme ou fusionne, les familles doivent parfois accepter un trajet plus long et les transports scolaires doivent suivre.
La géographie de l’Eure rend ces arbitrages sensibles. Selon l’Insee, 62 % des habitants du département vivent dans une commune rurale. À Broglie, le Département vient ainsi d’investir 13,7 millions d’euros dans un collège de 250 places qui accueille 178 élèves venus d’un bassin de 19 communes. Sa gare routière comprend six emplacements pour les cars. À cette échelle, la proximité scolaire repose autant sur le bâtiment que sur les transports qui le relient aux communes voisines.
Dans le premier degré, les ajustements sont déjà visibles. À Incarville, la fermeture d’une classe a conduit la commune à revoir son projet d’école, en regroupant maternelle et élémentaire dans six classes modulables. À l’échelle départementale, la même baisse peut conduire à regrouper des sites, mais aussi à conserver davantage de petites classes, à renforcer les remplacements ou à réaffecter des locaux.
Le ministère expérimente désormais dans 18 départements une préparation pluriannuelle de la carte scolaire qui tient compte des projections démographiques et des contraintes de transport. L’Eure n’en fait pas partie. En Normandie, seule la Manche a été retenue.
Il manque encore des projections par bassin de vie et des scénarios locaux pour préparer les dix prochaines années. Dans l’Eure, ces 20 809 élèves de moins devront être traduits en décisions sur les classes, les kilomètres de car et les bâtiments à maintenir dans chaque commune.
Sources consultées
- Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performanceProjections des effectifs d’élèves 2025-2035, académie de Normandie
- Ministère de l’Éducation nationaleDémographie scolaire : des projections d’effectifs à dix ans, département par département
- Ministère de l’Éducation nationaleQui décide d’ouvrir ou de fermer des classes ?
- InseeUn Normand sur deux vit dans une commune rurale
- Département de l’EureÀ Broglie, le plus petit collège de l’Eure devient une référence pour l’enseignement rural