
Samedi 11 juillet, à 19 heures, le centre d’alerte des pompiers de l’Eure avait déjà reçu 754 appels depuis le début de la matinée. Les équipes avaient réalisé 143 interventions, près de 70 % de plus qu’à l’ordinaire sur la même période. Treize feux d’espaces naturels avaient parcouru 51 hectares. Le SDIS décrivait une situation « intense mais maîtrisée ».
Cette journée ne raconte donc pas une rupture du service. Elle montre plutôt ce que les pompiers doivent absorber lorsque plusieurs incendies éclatent pendant que les secours ordinaires continuent. Les feux ne représentaient que treize des 143 interventions recensées. Sur une année, 82 % de l’activité du SDIS concerne le secours à personne, auquel s’ajoutent les accidents routiers et les incendies d’habitation.
Dans l’Eure, le risque est d’abord agricole. Entre 2019 et 2024, 97 % des interventions pour des incendies d’espaces naturels concernaient des récoltes, des chaumes ou d’autres surfaces non boisées. Les travaux de moisson en constituent la première cause identifiée. Chaleur, végétation sèche et machines agricoles composent ainsi un risque très dispersé, capable de mobiliser plusieurs centres en même temps.
Pour couvrir 585 communes, le département conserve 55 centres d’incendie et de secours actifs. En 2025, le SDIS comptait 331 pompiers professionnels et 1 656 volontaires. Ces derniers représentaient 83 % des effectifs. Parmi les 49 centres de première intervention, 37 étaient armés uniquement par des pompiers volontaires. Ce maillage rapproche les secours des bourgs et des villages, mais sa solidité dépend de personnes qui doivent pouvoir quitter leur travail ou leur activité pour partir en intervention.
Lorsqu’un centre ne dispose pas de l’équipage ou du véhicule nécessaire, un autre centre est alors appelé. Le secours n’est pas abandonné, mais il peut venir de plus loin. En 2024, le SDIS a comptabilisé 5 465 « carences de départ », c’est-à-dire des départs refusés par un premier centre faute de moyens suffisants, soit 31 % de plus qu’en 2019. La même année, 34 centres affichaient en moyenne des effectifs de jour inférieurs au minimum prévu localement. Tous étaient des centres de première intervention, principalement ruraux.
Depuis les grands incendies de 2019, le SDIS établit chaque jour une carte du risque et peut renforcer les gardes dans les casernes, prépositionner des moyens et mobiliser des agriculteurs référents. Ce travail prolonge la prévention menée au bord des champs. Au 16 juillet, Évreux Portes de Normandie signalait encore un risque très sévère dans certains secteurs du département.
Le 11 juillet montre un réseau capable d’encaisser une journée difficile, mais aussi le prix de sa proximité. La carte compte 55 centres actifs. Elle ne garantit pas que chacun puisse armer immédiatement un engin. Quand la caserne la plus proche ne peut pas partir, l’équipage doit venir de plus loin.