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Dans l’Eure, le feu se prévient aussi au bord des champs

Avec la sécheresse et la moisson, l’Eure organise le risque incendie autour des lisières, des chemins, des réseaux et des champs.

Champ sec en lisière de bois

Dans l’Eure, six des quinze zones sécheresse sont en vigilance depuis le 12 juin. À l’approche de la moisson, cette alerte ne concerne pas seulement l’eau: elle place aussi les champs, les lisières et les massifs boisés sur la même carte du risque incendie.

Le département s’y prête plus qu’on ne l’imagine parfois. L’Eure compte près de 370 000 hectares de surface agricole utile, dont plus de 186 000 hectares de céréales, et 132 775 hectares de boisements ou formations boisées. Les forêts représentent 23 % du territoire, souvent dans les vallées. Entre ces deux paysages familiers, les points sensibles sont ordinaires: une parcelle récoltée près d’un bois, un chemin d’accès trop étroit, un talus sec, une ligne électrique, une maison à moins de 200 mètres d’un massif.

La prévention se joue donc avant l’intervention. Le 10 juin, le préfet de l’Eure a signé l’ordre d’opération départemental de lutte contre les feux de forêt et d’espaces non boisés pour 2026. Il associe le SDIS, l’ONF, les propriétaires forestiers, les collectivités forestières, la Chambre d’agriculture et la gendarmerie. Un exercice a aussi été mené en forêt de Beaumont-le-Roger avec la colonne Normandie, qui regroupe des renforts de plusieurs départements voisins.

Mais la réponse ne commence pas quand les camions partent. Depuis un arrêté préfectoral du 15 septembre 2025, 29 communes de l’Eure sont concernées par les obligations légales de débroussaillement autour des massifs Évreux-Conches-en-Ouche, Bord-Louviers et Beaumont-le-Roger. En zone non urbaine, l’obligation porte notamment sur 50 mètres autour des constructions situées à moins de 200 mètres d’un massif boisé. Les routes, voies ferrées et réseaux électriques ont aussi leurs bandes à maintenir dégagées.

La règle qui parle le mieux à la saison est agricole. Dans les espaces cultivés en lisière de massif boisé, lorsque la Météo des forêts classe le danger “élevé” ou “très élevé”, un déchaumage de 20 mètres doit être réalisé en bordure de lisière dans les parcelles en cours de moisson. La récolte devient alors aussi un geste de défense incendie: retirer du combustible au bon endroit, avant qu’un départ de feu ne mette les secours devant une course de vitesse.

Ce déplacement est important pour un département qui n’a pas la culture méditerranéenne du feu. Météo-France rappelle que neuf feux sur dix sont d’origine humaine et que la Météo des forêts ne prédit pas les incendies: elle indique les conditions qui rendent leur départ et leur propagation plus probables. La prévention se joue donc dans des gestes dispersés, souvent modestes, mais décisifs quand le vent, la chaleur et la paille sèche s’additionnent.

Le Département investit aussi dans les moyens du SDIS, avec un Plan Pompiers 2022-2027 de 75 millions d’euros. Ce plan renforce plus largement la capacité de secours, au-delà des seuls feux de végétation, pendant que la doctrine incendie se déplace vers l’anticipation. L’Eure ne devient pas un département du Sud. Elle découvre qu’une partie de sa sécurité d’été dépend désormais de l’entretien des bords, des accès et des interfaces entre champs, bois et maisons.

Dans les prochains jours secs, la prévention ne se verra pas forcément de loin. Elle aura la forme d’une bande déchaumée au bord d’une parcelle, d’un chemin laissé praticable, d’une lisière moins chargée en combustible, quelque part entre un champ de céréales et un bois eurois.

Sources consultées
  1. Préfecture de l’EureSituation des zones sécheresse dans le département de l’Eure
  2. Préfecture de l’EureFeux de forêt: le préfet signe l’ordre d’intervention et teste la colonne Normandie
  3. Préfecture de l’EureObligations Légales de Débroussaillement (OLD) dans l’Eure
  4. DRAAF Normandie / AgresteRecensement agricole 2020, Eure
  5. Météo-FranceLa Météo des forêts: s’informer sur le danger de feux