Au Moulin de Louviers, Bouchons 276 a remis 13 550 euros d’aides à dix personnes en situation de handicap, lundi 22 juin. Dans l’Eure, les chèques financent une partie d’un aménagement de véhicule à Saint-Germain-Village, d’un lit médicalisé à Montfort-sur-Risle et d’un monte-escalier à Château-sur-Epte.
Le geste qui rend cela possible tient dans une poche. Un bouchon de bouteille. Un couvercle de pâte à tartiner. Un bouchon de lessive ou de lait, gardé dans un sac avant d’être porté à un point de collecte. Depuis 2003, Bouchons 276 a transformé cette routine minuscule en circuit normand : des bénévoles rassemblent les bouchons et couvercles en plastique, l’association les revend à Sulo, son recycleur, puis reverse l’argent pour aider à payer du matériel lié au handicap.
La chaîne a ses chiffres, presque têtus. Depuis sa création, l’association dit avoir collecté 3 766 tonnes de bouchons et reversé 996 610 euros à 1 028 bénéficiaires en Normandie. Une tonne lui rapporte aujourd’hui 300 euros. Les aides, attribuées deux fois par an, vont en général de 100 à 2 000 euros. Elles ne servent pas seulement à acheter des fauteuils roulants : elles peuvent contribuer à adapter une voiture, une salle de bain, un escalier, ou à financer un équipement plus discret mais décisif dans la vie quotidienne.
À Louviers, pourtant, la collecte donne moins. Bouchons 276 annonce 30 tonnes depuis le début de l’année, contre 120 tonnes dans une année normale et un record à 220 tonnes. Pour atteindre les 13 550 euros distribués cette fois, l’association a aussi bénéficié d’un don de 5 000 euros du Crédit Mutuel Calvados. Le collège de Montfort-sur-Risle, lui, a été salué pour une tonne récoltée à lui seul. Un rappel que la collecte tient encore quand une école, une entreprise ou une mairie s’en empare.
La baisse tient en partie à un détail que tout le monde a désormais rencontré au moment de boire de l’eau ou du jus de fruit. Depuis le 3 juillet 2024, les boissons vendues en bouteille plastique jusqu’à 3 litres doivent avoir un bouchon attaché au goulot, pour limiter leur dispersion dans l’environnement. La mesure vise un meilleur tri. Elle complique aussi une vieille habitude associative : il ne suffit plus de dévisser, il faut penser à détacher, puis à mettre de côté.
Une partie de cette solidarité locale dépend d’un réflexe presque invisible, répété dans les cuisines, les classes, les entreprises, les mairies. Quand ce réflexe se dérègle, ce ne sont pas seulement des sacs de plastique qui manquent. Ce sont des bouts de fauteuil, de véhicule adapté, de lit médicalisé, de monte-escalier. À Louviers, lundi soir, quelques bouchons avaient encore trouvé le chemin jusqu’à ces usages-là.