Avec le contrat de territoire du bassin versant de l’Iton 2026-2030, Évreux Portes de Normandie et le SMABI changent d’échelle. L’enveloppe annoncée atteint environ 55 millions d’euros pour l’ensemble des maîtres d’ouvrage, avec une même logique : protéger l’eau potable, restaurer les rivières et les zones humides, et adapter le territoire à une ressource plus fragile.
Ce n’est pas un grand chantier concentré en un lieu. Le contrat court du 1er janvier 2026 au 31 décembre 2030. Il est copiloté par le Syndicat mixte d’aménagement du bassin de l’Iton et Évreux Portes de Normandie, avec des collectivités, le Département, la ville d’Évreux, des syndicats d’eau potable, la fédération de pêche et le lycée de Chambray. L’Agence de l’eau Seine-Normandie peut financer certaines actions jusqu’à 80 %, selon leur nature. Sur ce total, le SMABI porte directement 5,06 millions d’euros hors taxes.
Ce montant donne surtout une idée de la méthode. Les actions prévues côté SMABI portent sur la concertation autour des “volumes prélevables”, les journées “Eau et climat” pour les élus, la restauration de la continuité écologique, la restauration hydromorphologique, les milieux humides, les corridors écologiques et l’animation du SAGE de l’Iton. La délibération publiée ne détaille pas encore la répartition commune par commune du programme.
Le calendrier n’arrive pas dans le vide. Lors du comité syndical de décembre 2025, il a été indiqué que la qualité de l’eau s’était dégradée dans la partie aval de l’Iton, avec pesticides, phosphates et nitrates, et une qualité médiocre des masses d’eau superficielles dans le dernier état des lieux validé. Le bilan GEMAPI d’Évreux Portes de Normandie signale aussi que le bassin de l’Iton a été classé en secteur à équilibre fragile en période d’étiage. En clair, le sujet n’est pas seulement l’inondation quand l’eau déborde. C’est aussi l’eau qui manque, l’eau qu’on prélève, l’eau qui circule mal et l’eau qu’il faut garder potable.
C’est ce qui distingue ce contrat de l’étude hydrologique et hydraulique de l’Iton déjà engagée sur le bassin. L’étude aide à comprendre les chemins de l’eau. Le contrat installe le cadre financier et politique pour agir pendant cinq ans.
Le bassin de l’Iton n’est pas une abstraction. Il couvre environ 1 200 km², 122 communes et 132 km pour l’Iton, pour environ 135 000 habitants. Évreux Portes de Normandie relève elle-même de quatre unités hydrographiques, l’Iton, l’Avre, l’Eure aval et l’Eure amont. Pour l’Iton, la compétence GEMAPI a été transférée au SMABI. La gestion se fait donc par bassin, dans une logique amont-aval, parce qu’un ruissellement, un captage ou une zone humide ne s’arrête pas à la limite d’une commune.
Le bilan GEMAPI donne une image concrète de ce que ces mots peuvent recouvrir : à Normanville, le SMABI a déjà travaillé sur la renaturation du site de Saint-Gaud, où l’Iton avait été recalibré et perché dans un ancien bras forcé. Ce type d’opération dit bien ce que l’on achète avec de la restauration de rivière : moins de cours d’eau contraint, plus de place rendue au fonctionnement physique de l’Iton.
Le contrat 2026-2030 n’est donc pas une dépense spectaculaire. C’est plutôt un investissement de prévention et de rattrapage, avec la lourdeur assumée d’une gouvernance partagée. L’alternative serait de traiter séparément les captages, les berges, les zones humides, les digues, les volumes prélevés et les risques d’inondation. Sur l’Iton, les collectivités choisissent de traiter ces sujets ensemble, à l’échelle du bassin.
Sources consultées
- Évreux Portes de NormandieSignature du contrat de territoire du bassin versant de l’Iton 2026-2030
- SMABIDélibération n°25_35, Contrat de territoire du bassin versant de l’Iton 2026-2030
- SMABIProcès-verbal du comité syndical du 5 décembre 2025
- Agence de l’eau Seine-NormandieLe contrat de territoire
- Évreux Portes de NormandieBilan annuel 2025, compétence GEMAPI