Le SIAEP du Lieuvin cherche un prestataire pour délimiter six aires d’alimentation de captages sur son territoire. Les offres sont attendues jusqu’au 24 juillet 2026, pour une étude de géologie et d’hydrologie prévue sur vingt mois. Le coût du marché et la liste précise des six captages ne sont pas publiés dans l’avis consultable.
L’avis est technique, mais il touche à une pièce essentielle du service d’eau potable: savoir d’où vient réellement l’eau avant qu’elle arrive au forage, puis au réseau. Une aire d’alimentation de captage correspond aux surfaces où l’eau s’infiltre ou ruisselle avant de rejoindre la ressource prélevée. Ce n’est donc pas seulement un cercle autour d’un puits. C’est une géographie souvent plus large, faite de champs, de sols, de pentes et de circulations souterraines.
Dans le Lieuvin, cette cartographie arrive sur un service d’eau vaste et difficile à tenir. Le syndicat couvre 80 communes et desservait 42 975 habitants en 2021. La chambre régionale des comptes relevait alors 1 338 km de réseau, majoritairement alimenté par des captages et forages, sans ressource d’eau de surface. Elle signalait aussi des pertes d’eau proches de 900 000 m³ par an, puis un programme de renouvellement des canalisations de près de 25 millions d’euros sur 2022-2025.
Ce nouveau marché change de bout de chaîne. Les canalisations disent l’état du réseau visible dans les comptes. Les aires d’alimentation disent l’état du territoire qui nourrit la ressource. Le Pays de Conches travaille aussi ses tuyaux; dans le Lieuvin, l’avis de marché met en avant l’autre extrémité du service.
La question est d’autant moins abstraite que le rapport 2024 du SIAEP montre une qualité bactériologique solide, mais des fragilités physico-chimiques sur plusieurs zones de distribution. Les fiches de l’ARS intégrées au rapport mentionnent des dépassements liés aux pesticides et métabolites pertinents, notamment des produits de dégradation du chlorothalonil. Elles indiquent que l’eau peut être consommée sans risque pour la santé aux concentrations mesurées, tout en classant plusieurs zones en qualité convenable ou insuffisante pour ce paramètre.
Le syndicat indique aussi que l’ARS a mis en place un suivi renforcé et qu’une demande de dérogation a été engagée. Dans ce dossier, il prévoit des analyses des eaux brutes portant sur les métabolites concernés et sur 500 paramètres supplémentaires de polluants d’origine agricole, industrielle ou autre. Cela ne prouve pas que les six aires du marché correspondent exactement aux zones les plus touchées. Mais cela donne le cadre: le service ne peut plus seulement surveiller l’eau distribuée, il doit aussi comprendre l’eau avant traitement.
La délimitation d’une aire d’alimentation ne règle rien à elle seule. Elle prépare le travail suivant: repérer les secteurs vulnérables, cibler les actions contre les pollutions diffuses et éviter de tout renvoyer au traitement curatif. Pour un service d’eau potable, c’est le passage obligé entre le constat de qualité et les décisions à prendre sur le terrain.
Pendant vingt mois, le Lieuvin va donc faire dessiner une partie de son sous-sol utile. Six captages, six bassins d’alimentation à préciser, et derrière eux une réalité très concrète: l’eau potable dépend aussi des parcelles qui l’envoient vers la nappe.
Sources consultées
- BOAMPAvis n° 26-58606, Délimitation de 6 aires d'alimentation de captages sur le SIAEP du Lieuvin
- SIAEP du LieuvinRapport annuel 2024 sur le Prix et la Qualité du Service Eau Potable
- Chambre régionale des comptes Normandie / Cour des comptesSIAEP du Lieuvin, exercices 2020 à 2022, rapport d’observations définitives
- SIGES Seine-NormandieBassins d’alimentation des captages (BAC) ou aires d’alimentation de captages (AAC)