Article

À Hondouville, Essity teste le recyclage du reste du recyclage

Dans l’Eure, Essity teste un pilote pour transformer des boues papetières en minéral utilisable par le BTP.

Illustration - boues papetières et minéral

À Hondouville, Essity travaille sur une partie moins visible du recyclage : ce qui reste après avoir récupéré les fibres du papier. Son pilote CalBouVal doit transformer des boues papetières en minéral utilisable dans les matériaux de construction, tout en récupérant une partie de la chaleur du procédé.

Dans cette usine euroise, les papiers d’hygiène sont fabriqués à partir de vieux papiers, cartons et briques alimentaires. Essity indique avoir porté à 25 000 tonnes par an sa capacité de recyclage des briques alimentaires sur le site d’Hondouville. Mais dans une papeterie de recyclage, tout ne redevient pas fibre. Les encres, charges minérales, résidus de pulpeur et boues forment un reste industriel qu’il faut traiter, transporter, brûler, épandre ou valoriser quand un débouché existe.

CalBouVal vise ce reste-là. Le procédé teste une calcination puis une carbonatation en continu des boues papetières et de certains rejets de pulpeur. L’objectif est d’obtenir une fine matière minérale, comparable à une addition calcaire utilisée dans certains matériaux de construction. Eqiom est associé pour tester la matière. Hevatech intervient sur la récupération de chaleur, avec l’idée de produire de l’air chaud ou de l’électricité à partir d’une énergie qui serait autrement perdue dans les fumées.

Le projet n’est pas seulement une idée de laboratoire. Il a été retenu dans le cadre de France 2030, avec l’ADEME, et il associe notamment l’INSA Strasbourg et l’Institut Jean Lamour. Une fiche projet Capenergies donne une durée de 42 mois et un budget global de 2,513 millions d’euros. L’ancienne couverture spécialisée évoquait une enveloppe proche de 3,5 à 3,6 millions d’euros selon le périmètre retenu.

L’année 2026 doit surtout dire si le pilote peut passer un cran. Lors d’une inspection réalisée le 26 juin 2025, la DREAL Normandie a constaté que l’équipement, reçu avec sept mois de retard, avait commencé ses essais. Le pilote est dimensionné pour traiter 76,5 kg de boues papetières sèches par heure, cinq journées de huit heures par mois, avec une capacité maximale d’essai de 36,72 tonnes par an. Au moment du contrôle, 13 145 kg de boues papetières humides et 45 kg de refus de pulpeur avaient déjà été utilisés.

Les premiers essais sont jugés satisfaisants par l’inspection, qui mentionne une poursuite en vue d’un fonctionnement semi-industriel au second semestre 2026. L’ADEME évoque, elle, un raccordement à la ligne de production entre 2026 et 2027, puis une industrialisation possible d’ici 2028. Pour l’instant, aucun résultat public indépendant ne confirme la qualité finale du minéral ni son acceptation industrielle par le cimentier.

À Hondouville, le test porte donc sur la partie la plus ingrate de la boucle, celle où le recyclage cesse d’être une image propre et redevient de la mécanique, de la chimie, des fumées à surveiller et des poudres à qualifier. Après Ecoval, autre sujet eurois de valorisation matière, CalBouVal montre une économie circulaire moins décorative : celle qui se joue à la sortie d’une usine, dans la qualité d’un résidu blanc et dans la capacité d’Hondouville à en faire autre chose qu’un déchet.

Sources consultées
  1. DREAL Normandie / GéorisquesRapport de l’Inspection des installations classées, visite d’inspection du 26/06/2025, Essity Operations France, usine d’Hondouville
  2. ADEME InfosUne stratégie « zéro déchet industriel » pour l’usine d’essuie-mains Essity
  3. EssityConverting paper process residuals into a valuable mineral
  4. CapenergiesCALBOUVAL
  5. L’Usine NouvelleÀ Hondouville, Essity revalorise des résidus papetiers en minéral pour l’industrie cimentière