Dans l’enceinte du château de Martot, un petit théâtre du XIXe siècle conserve encore ses gradins de bois. La scène est toujours là, encadrée par deux colonnes peintes en trompe-l’œil, avec une fosse pour les musiciens et une jauge d’environ 80 places.
L’Agglo Seine-Eure, propriétaire du site, et la Fondation du patrimoine viennent de lancer une souscription pour restaurer le bâtiment et l’aménager afin d’y accueillir de nouveau des spectacles. La collecte vise 50 000 euros. Les dons peuvent être faits sur la page dédiée pour soutenir la restauration du théâtre de Martot.
Le lieu raconte un curieux morceau de vie locale : un théâtre privé construit par Grandin de l’Eprevier, industriel elbeuvien, propriétaire du château et maire de Martot de 1843 à 1870. Grandin de l’Eprevier est présenté par la commune comme un amateur d’art lyrique. La Fondation du patrimoine précise que sa femme était chanteuse à Paris et que de nombreux artistes furent invités à se produire dans ce théâtre de musique.
La mémoire communale a gardé des images plus vives encore. Maurice Deboos, ancien conseiller municipal dont les récits ont été repris par la commune, racontait que des actrices venues de Paris s’habillaient au château avant de rejoindre la scène par un couloir de planches. Il évoquait aussi des feux d’artifice auxquels assistaient beaucoup de personnes. Pris pour ce qu’ils sont, des souvenirs locaux transmis, ces détails rattachent Martot à Paris, à l’opéra et aux loisirs d’une bourgeoisie industrielle.
Le projet actuel change l’échelle sociale du théâtre. Ce qui fut une salle privée pourrait redevenir un espace commun, ouvert aux habitants, aux scolaires, aux associations et à des événements culturels. En 2024, l’Agglo annonçait une restauration estimée à 330 000 euros après une étude de l’association Chantier Archéologie et Histoire Médiévale, qui jugeait l’état général du théâtre bon mais nécessitant des travaux pour conforter l’existant. Le calendrier précis de réouverture n’est pas encore publié.
Le 29 mai, le collectif Les 8 Poings a joué devant le bâtiment, sous un soleil de plomb, pour retracer son histoire. La scène était dehors, faute de pouvoir encore entrer. Toute la promesse tient dans cette image : restaurer le théâtre de Martot, ce n’est pas seulement conserver un décor rare, c’est permettre à une voix, un geste, un public de 80 personnes et quelques musiciens de retrouver leur petite salle.