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À Gravigny, la station d’épuration prépare sa propre centrale solaire

Évreux Portes de Normandie veut installer une centrale solaire en autoconsommation sur le site du centre de traitement des eaux usées de Gravigny.

Station d’épuration solaire à Gravigny

À Gravigny, la future centrale solaire ne devrait pas se voir depuis une grande place ni coiffer un bâtiment vitrine. Elle est prévue rue Nicolas-Copernic, dans l’enceinte du centre de traitement des eaux usées, l’un de ces équipements publics que tout le monde utilise sans jamais vraiment le regarder.

Le projet parle surtout parce qu’il concerne un site qui consomme de l’électricité toute l’année. Évreux Portes de Normandie ne prépare pas seulement la pose de panneaux photovoltaïques. L’agglomération veut produire de l’électricité là où un service public en consomme toute l’année: la station qui traite les eaux usées du territoire.

Un avis publié le 29 mai au BOAMP précise le cadre du marché. Il porte sur la conception, la réalisation, l’exploitation et la maintenance d’une centrale photovoltaïque en autoconsommation pour le centre de traitement des eaux usées de Gravigny. Le contrat envisagé court sur 120 mois, soit dix ans.

Le site n’est pas secondaire. Évreux Portes de Normandie attribue à la station de Gravigny une capacité de 123 000 équivalents-habitants, 350 km de réseau de collecte raccordés et plus de 10 000 m³ d’eau traitée chaque jour avant rejet vers l’Iton. Sur ce site technique, une pièce essentielle de l’assainissement local fonctionne en continu.

Le dossier transmis à la DREAL Normandie donne l’ordre de grandeur du projet solaire: une centrale au sol d’une puissance maximale d’1 MWc, installée sur environ 10 700 m² disponibles, dans une emprise totale de 1,3 hectare. L’objectif affiché est d’autoconsommer 98 % de l’électricité produite par la centrale, le surplus étant revendu.

La nuance est importante. Cela ne signifie pas que la station couvrira 98 % de ses besoins électriques. Cela veut dire que presque toute la production solaire attendue serait consommée sur place. L’effet recherché se joue donc dans les coûts de fonctionnement d’un équipement public énergivore, pas dans une baisse immédiate de la facture des habitants.

Le choix du marché global de performance donne aussi son relief au dossier. La collectivité ne sépare pas le concepteur, le constructeur, l’exploitant et le mainteneur. Elle cherche un opérateur engagé sur l’ensemble du cycle, avec des objectifs de performance énergétique à tenir dans la durée. Pour un projet d’autoconsommation, c’est le point décisif: les panneaux ne suffisent pas, il faut qu’ils produisent, qu’ils soient suivis et que leur rendement reste vérifiable.

La DREAL Normandie a décidé en septembre 2025 de ne pas soumettre le projet à évaluation environnementale. Le dossier relève notamment une implantation dans l’enceinte clôturée du centre de traitement, en zone d’activités, avec maintien des arbres en limite et renforcement des haies autour de l’installation.

Il reste plusieurs éléments à suivre: le titulaire du marché, le coût, le calendrier de chantier, la production annuelle attendue et la part réelle de la consommation de la station qui pourra être couverte. Ce sont ces données qui permettront de juger le projet autrement qu’à son intention.

À Gravigny, la transition énergétique prend donc une forme peu romantique: une parcelle technique, branchée sur une station d’épuration. Pas très carte postale, mais très concret.