Une chute dans l’escalier, un retour d’hospitalisation, des repas oubliés, un proche qui commence à appeler tous les soirs: le maintien à domicile tient souvent à une accumulation de petites alertes. Dans le bassin de Bernay, la réponse ne passe pas seulement par une place en établissement. Elle peut aussi passer par l’Ehpad Jacques-Daviel.
L’Agence régionale de santé Normandie remet en avant les centres de ressources territoriaux pour personnes âgées. Dans l’Eure, quatre sites sont recensés: Vernon, Bernay, Gisors et Pont-Audemer. À Bernay, le centre est porté par l’Ehpad résidence Jacques-Daviel, rattaché au centre hospitalier.
Ce n’est pas un Ehpad à domicile, ni un service d’aide classique. Le principe est plus précis: utiliser des compétences gériatriques déjà présentes localement pour aider une personne âgée à rester chez elle quand l’organisation commence à se fragiliser. Cela peut passer par de l’écoute, de l’orientation, de l’appui aux aidants, de la prévention des chutes, une évaluation du logement ou une meilleure coordination entre professionnels.
Deux niveaux d’aide se dessinent. Le centre peut informer et orienter les personnes de plus de 60 ans, leurs proches et les professionnels du territoire. Il peut aussi proposer un accompagnement renforcé aux personnes âgées déjà en perte d’autonomie, classées GIR 1 à 4, c’est-à-dire déjà reconnues comme en perte d’autonomie, lorsqu’elles souhaitent rester à domicile mais ne peuvent plus seulement s’appuyer sur les aides habituelles.
À Bernay, le sujet a une vraie assise locale. Bernay Terres de Normandie compte environ 17 500 habitants de 60 ans ou plus, soit 32 % de sa population, une part supérieure à la moyenne départementale. Trois seniors sur quatre y vivent dans des communes rurales. Ici, vieillir chez soi ne dépend donc pas seulement d’une chambre au rez-de-chaussée ou d’une douche adaptée. Cela dépend aussi des distances, des passages possibles, du médecin, de l’infirmier, du service d’aide, et du proche qui finit par connaître les horaires de pilulier mieux que les siens.
Le centre hospitalier de Bernay n’arrive pas avec une page blanche. Sa filière gériatrique comprend déjà l’Ehpad Jacques-Daviel, un accueil de jour Alzheimer, de l’hébergement temporaire en sortie d’hospitalisation, un service de soins infirmiers à domicile, une équipe mobile d’évaluation gériatrique à domicile, une plateforme de répit et une consultation mémoire. Le centre de ressources territorial sera utile s’il transforme cet ensemble en point d’appui lisible, plutôt qu’en catalogue de services que les familles découvrent trop tard.
La pression dépasse Bernay: en France, le nombre de seniors en perte d’autonomie va continuer à augmenter dans les prochaines décennies. Mais à Bernay, elle se résume à une question très simple: quand le domicile tient encore, mais difficilement, qui aide à le faire tenir correctement?