Dans l’Eure, un rendez-vous médical peut commencer loin du cabinet. Il commence parfois à Conches, dans un bourg du Sud Eure, dans une commune de Lyons Andelle ou à la sortie d’un service hospitalier, quand il faut rejoindre Évreux, un examen, une consultation spécialisée ou des soins réguliers sans pouvoir conduire soi-même.
C’est sur ce point très concret que porte l’appel lancé par l’ARS Normandie. L’agence prévoit d’accorder cinq autorisations supplémentaires de mise en service de véhicules sanitaires légers, les VSL, dans le département. Trois sont prévues pour l’agglomération Évreux Portes de Normandie, une pour Interco Normandie Sud Eure, et une dernière pourra concerner le Lieuvin Pays d’Auge, le Pays de Conches ou Lyons Andelle. Les dossiers doivent être déposés avant le jeudi 21 mai 2026 à 17 h.
Un VSL n’est pas une ambulance. Il sert au transport assis de patients dont le trajet est prescrit par un médecin: consultation, examen, soins réguliers, entrée ou sortie d’établissement. Selon l’état de la personne, un taxi conventionné peut aussi assurer un transport assis. L’ambulance répond à d’autres situations, notamment lorsque le patient doit être allongé ou davantage surveillé.
Le renfort annoncé reste limité. Dans l’Eure, l’ARS recense déjà 129 ambulances agréées et 159 VSL, répartis sur 46 sites et 41 sociétés privées. Le total actuel, 288 véhicules autorisés, reste légèrement inférieur au nombre théorique de 294 fixé pour le département. Les cinq nouvelles autorisations viennent donc combler une partie de cette marge, avec une répartition orientée vers les secteurs où l’agence estime que l’offre doit être renforcée.
Il ne faut pas en faire une promesse de changement immédiat. Une autorisation n’est pas encore un véhicule devant une porte à 7 h 30. Les candidatures doivent être examinées, les entreprises retenues, les véhicules mis en circulation, les équipes organisées. Mais dans un département où l’accès aux soins dépend souvent de trajets entre communes rurales, villes moyennes et pôles hospitaliers, même un petit ajustement peut compter.
L’accès aux soins ne se joue pas seulement dans le nombre de médecins, les délais de rendez-vous ou les lits disponibles. Il se joue aussi dans la capacité à s’y rendre. Une séance de dialyse, de chimiothérapie, de radiothérapie ou de rééducation suppose une organisation répétée, fiable, presque banale quand elle fonctionne. Quand elle manque, le rendez-vous devient plus incertain.
L’enjeu n’est pas marginal. En France, l’Assurance maladie indique que 6,5 millions de patients ont bénéficié en 2024 d’un transport pris en charge, pour 6,74 milliards d’euros de dépenses remboursables. Derrière les autorisations de VSL, il y a donc un service très encadré, et central pour une partie des parcours de soins.
Cinq véhicules sanitaires légers de plus ne régleront pas les tensions d’accès aux soins dans l’Eure. Mais ils peuvent aider là où le système se joue parfois à peu de chose: un patient prêt, une prescription en règle, un horaire respecté, et quelqu’un pour faire le trajet. Pas spectaculaire. Juste indispensable.