À La Saussaye, il aura fallu 190 000 euros pour remettre en état des vitraux percés, déformés ou fragilisés dans la collégiale Saint-Louis. Pour une commune de moins de 2 000 habitants, ce n’est pas une retouche décorative. C’est un choix patrimonial très concret: réparer maintenant pour éviter que les verrières, les murs et l’usage du lieu ne se dégradent ensemble.
L’Agglo Seine-Eure a annoncé l’inauguration de cette restauration après un chantier engagé autour de plusieurs parties de l’édifice: les vitraux de la chapelle de la Vierge, ceux de la chapelle des Charitons et les verrières du narthex, l’espace d’entrée. Les murs instables de la chapelle de la Vierge ont aussi été repris. La lumière revenue est donc la partie visible d’un travail plus sobre: consolider, protéger, empêcher l’eau et les déformations de continuer leur œuvre.
Les vitraux ont été confiés à L’Alchimie du Verre, atelier installé à Pont-de-l’Arche, sous la conduite du maître verrier Wladimir Grünberg. Une partie du chantier s’est jouée loin du regard habituel des visiteurs: panneaux déposés, pièces reprises, plombs réparés ou remplacés, verres restaurés, puis repose dans la collégiale. Dans un édifice ancien, l’apparence dépend aussi de ce qui tient encore.
Le financement donne la mesure locale du projet. L’Agglo Seine-Eure a apporté 56 713 euros, l’État 45 000 euros. L’Association de sauvegarde du patrimoine saulcéen a remis 25 000 euros. Une collecte ouverte avec la Fondation du patrimoine a dépassé son objectif initial, avec un peu plus de 14 000 euros recueillis pour 10 000 euros visés, auxquels s’ajoute une aide complémentaire de la Fondation.
À cette échelle, le patrimoine avance rarement par grands plans. Il tient plutôt par addition: une commune qui accepte d’inscrire le chantier dans ses priorités, une association qui suit le dossier, des subventions publiques, des dons d’habitants, puis un artisan capable de faire le geste juste. C’est moins spectaculaire qu’une grande restauration nationale ou qu’un débat très symbolique comme celui des nouveaux vitraux de Notre-Dame, mais c’est souvent ainsi que les monuments de proximité restent debout, et parfois accessibles.
La collégiale Saint-Louis n’est pas un simple décor ancien au milieu du bourg. Construite au début du XIVe siècle par Guillaume d’Harcourt, elle conserve un ensemble de vitraux et d’objets protégés. Certaines verrières du chœur sont associées à l’atelier Duhamel-Marette d’Évreux, actif au XIXe siècle. La chapelle des Charitons rappelle aussi une histoire très normande, celle des confréries de charité chargées d’accompagner les morts et les familles.
Mais l’intérêt du lieu ne tient pas seulement à son ancienneté. La collégiale sert aussi à des concerts, notamment dans la programmation des Musicales de Normandie. Une restauration comme celle-ci ne remet donc pas seulement en état une image ancienne. Elle entretient un espace où l’on peut encore entrer, écouter, visiter, transmettre, faire venir des habitants qui ne pousseraient peut-être pas la porte pour une simple notice historique.
Reste une question très concrète: l’accès. Le site de la commune indiquait fin mars que la collégiale était fermée aux visites jusqu’à nouvel ordre en raison d’incivilités, tout en rappelant ses horaires habituels d’ouverture. Ce point change la lecture du chantier. Une restauration réussie ne garantit pas, à elle seule, une vie publique retrouvée. Il faut aussi organiser l’accueil, la surveillance, la médiation et les usages.
À La Saussaye, les vitraux ont retrouvé leur place. La suite sera plus discrète, mais tout aussi décisive: faire vivre le lieu autour d’eux, sans le réduire à une belle inauguration ni à un bâtiment fragile qu’on protège en le fermant.