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Au château de Gaillon, huit noms pour rappeler l’année 1942 dans l’Eure

Une plaque au pavillon Colbert rappelle huit personnes juives de l’Eure, arrêtées en 1942 avant leur transfert vers Drancy.

Plaque au château de Gaillon

Au pavillon Colbert, le château de Gaillon ne raconte plus seulement son histoire de monument. Une plaque y inscrit désormais huit noms : Jechiel Tenenbaum, Davys Donnenfeld, Lajzer Gutman, Samuel Grossmann, Levy Jaller, Tony Jaller, Ephraïm Rabinovitch et Emma Rabinovitch.

Ces huit personnes juives vivaient dans l’Eure. Elles ont été arrêtées en 1942, internées au château de Gaillon, puis transférées au camp de Drancy. Cinq ont été déportées et assassinées à Auschwitz : Lajzer Gutman, Samuel Grossmann, Tony Jaller, Ephraïm Rabinovitch et Emma Rabinovitch.

L’hommage ne tient pas seulement à la pose d’une plaque. Il prolonge deux années de recherches menées par des élèves de terminale du lycée André-Malraux de Gaillon, avec leurs enseignantes Aurore Devos et Karine Houchard. Une exposition, visible au pavillon Colbert, replace ces noms dans des parcours. C’est ce qui donne au geste sa force : il ne fige pas huit victimes dans une formule, il les rattache à des lieux, des métiers, des familles, des trajets.

Ces parcours ramènent la Shoah à l’échelle de l’Eure. Lajzer Gutman fut arrêté à Louviers. Samuel Grossmann, à Pont-Audemer. Davys Donnenfeld, médecin à Fleury-sur-Andelle, avait été interdit d’exercer parce que juif étranger. Levy Jaller, médecin à Montreuil-l’Argillé, fut déporté à Auschwitz et revint en 1945. Son épouse Tony n’est pas revenue. Leur fille Nicole, cachée un temps par le maire du village, connut elle aussi Drancy enfant. Ephraïm et Emma Rabinovitch vivaient aux Ventes. Jechiel Tenenbaum, arrêté à 23 ans à l’hôpital La Musse, fut transféré à Drancy puis libéré le lendemain, avant de vivre caché jusqu’à la fin de la guerre.

Les lieux comptent ici. On parle de Gaillon, mais aussi de Louviers, Pont-Audemer, Fleury-sur-Andelle, Montreuil-l’Argillé, Les Ventes. L’histoire nationale passe par des communes, des hôpitaux, des cabinets de médecin, des mairies, des transferts. Elle ne se comprend pas seulement depuis les grands lieux de mémoire. Elle se lit aussi dans les itinéraires locaux qui menaient, en 1942, vers Gaillon puis Drancy.

Le château rend cette mémoire plus difficile à esquiver. Le site est connu pour son passé Renaissance, ses restaurations, son futur musée et son rôle patrimonial dans l’Eure. Cette dimension patrimoniale a déjà fait l’objet d’un autre chantier local, autour des souvenirs d’habitants recherchés pour le futur musée. Cette nouvelle plaque ajoute une autre couche au récit : le bâtiment fut aussi prison, caserne, lieu d’accueil de réfugiés espagnols, camp de prisonniers puis centre d’internement administratif sous Vichy.

Selon l’Agglo Seine-Eure, 594 personnes y furent enfermées pendant la guerre, dont huit juives. Le chiffre ne dit pas tout. Il empêche déjà de regarder les pierres comme un simple décor.

À Gaillon, la restauration du château ne suffit donc pas à raconter le lieu. Une plaque, huit noms et quelques parcours retrouvés ouvrent une autre visite possible : celle d’un monument qui fut aussi, en 1942, un lieu d’internement.