Dans beaucoup de maisons, l’objet passe presque inaperçu : une lampe Berger sur un meuble, un flacon posé dans une entrée, quelques bâtonnets de rotin qui diffusent un parfum dans l’entrée. À Grand Bourgtheroulde, derrière ces objets discrets, il y a une entreprise qui regarde désormais vers Milan.
Le groupe Emosia, propriétaire notamment de Maison Berger Paris, a finalisé l’acquisition de Culti Milano, maison italienne de parfum d’intérieur connue pour ses diffuseurs et son univers design. Pour l’entreprise euroise, l’opération n’ajoute pas seulement un nom italien à un portefeuille de marques. Elle montre comment le groupe veut grandir : par des marques plus identifiables, l’export et les réseaux de vente, autant que par la production.
L’ancrage local est concret. Derrière Emosia, on retrouve Berger International, installé route d’Elbeuf, à Grand Bourgtheroulde. Maison Berger Paris y est présente depuis 1975. La marque dispose aussi d’un musée local et d’un savoir-faire labellisé Entreprise du patrimoine vivant. Dans une commune d’environ 4 000 habitants, cette présence donne un relief particulier à une activité que l’on associe plus volontiers aux boutiques de décoration qu’à une base industrielle normande.
Le groupe revendique plus de 110 millions d’euros de chiffre d’affaires, plus de 500 salariés, cinq sites industriels en France, une présence dans près de 70 pays et plus de 9 000 points de vente. Le parfum d’intérieur ne se joue donc pas seulement au rayon cadeau. Il suppose des formules, des flacons, de la logistique, des distributeurs, des boutiques, du marketing et une capacité à faire reconnaître une marque loin de son lieu de fabrication.
Culti Milano apporte cette pièce-là. Fondée autour de l’idée qu’un lieu peut avoir sa signature olfactive, la maison italienne s’est fait connaître par ses diffuseurs à bâtonnets de rotin, devenus l’un des codes du parfum d’intérieur premium. En 2024, Culti employait 61 personnes et réalisait 20,8 millions d’euros de chiffre d’affaires. La cession annoncée portait sur 77,17 % du capital, pour 45,8 millions d’euros. Le montant donne la mesure de l’opération, sans en faire un bouleversement local immédiat.
Pour Emosia, ce rachat s’inscrit dans une série. Le groupe avait déjà intégré Devineau-BLF en 2019, puis My Jolie Candle en 2022. Avec Culti, il ajoute une marque italienne identifiable, un imaginaire de design et une place plus nette sur les diffuseurs, l’un des segments importants du parfum d’intérieur. Grand View Research estimait le marché français des diffuseurs à 222,1 millions de dollars en 2022, avec une projection à 361 millions en 2030.
Il faut toutefois garder la bonne mesure. Rien ne dit, à ce stade, que l’acquisition entraînera des embauches ou des investissements nouveaux dans l’Eure. L’opération porte d’abord sur une marque, un réseau et un positionnement. Mais elle rend visible une réalité du territoire : une entreprise locale peut changer d’échelle sans forcément faire la une par une nouvelle usine ou un grand chantier.
Depuis Grand Bourgtheroulde, Emosia construit ainsi un groupe européen avec des objets modestes : une lampe, un flacon, quelques bâtonnets de rotin. Dans l’Eure, une part de l’industrie tient aussi sur une étagère.