Chez l’opticien, l’examen de vue tient parfois en quelques minutes. On pose le menton sur une machine, on fixe un point lumineux, on attend que l’écran donne ses mesures. Plus tard, dans l’atelier, une autre machine taille les verres à la bonne forme. Une partie de cette mécanique ordinaire mène à Pont-de-l’Arche.
C’est là que Visionix, ex-Luneau Technology, garde un ancrage industriel dans l’Eure. Le groupe finlandais Revenio a annoncé le 13 avril 2026 vouloir racheter l’entreprise dans une opération valorisée 290 millions d’euros. Le rachat n’est pas encore finalisé: Revenio vise une conclusion d’ici la fin du deuxième trimestre 2026.
Le montant surprend parce qu’il ne concerne ni une marque connue du grand public, ni une start-up parisienne à la mode. Visionix travaille dans les instruments de diagnostic ophtalmologique, de réfraction, de dépistage, de télémédecine et de taillage des verres. Ses machines se retrouvent chez des professionnels de la vision, souvent sans que le patient retienne leur nom.
À Pont-de-l’Arche, Luneau Technology Operations est enregistrée rue Roger-Bonnet, avec une activité de fabrication de matériel médico-chirurgical et dentaire. Les données disponibles situent son effectif dans une tranche de 100 à 199 salariés. Il ne faut pas confondre ce chiffre local avec les près de 600 salariés annoncés pour Visionix à l’échelle du groupe. Mais il suffit à rappeler que l’opération ne porte pas seulement sur une adresse administrative.
L’histoire locale passe aussi par Briot, une marque bien connue des professionnels de l’optique. Une notice du ministère de la Culture rattache déjà Pont-de-l’Arche à la fabrication de meuleuses pour lunettes, ces machines qui donnent au verre sa forme finale. Visionix indique aujourd’hui que certains produits Briot sont conçus par ses ingénieurs en Normandie et assemblés dans ses ateliers locaux.
Revenio ne vise donc pas seulement un catalogue. L’opération porte sur des machines, des logiciels, des marques et un savoir-faire qui circulent entre opticiens, ophtalmologistes et ateliers. Le groupe finlandais, connu notamment pour ses équipements iCare, présente Visionix comme un complément à ses activités dans la santé visuelle. Il insiste en particulier sur l’accès à l’OCT, une technologie d’imagerie qui permet d’observer les couches de la rétine.
Le rapport de taille évite une lecture trop simple. Revenio a réalisé 109,7 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Visionix affiche, de son côté, 143,4 millions d’euros de ventes nettes. Ce n’est donc pas l’histoire d’une petite société locale absorbée par un mastodonte. C’est plutôt l’assemblage européen de compétences très spécialisées, dans un secteur où les outils de mesure, les logiciels et les réseaux commerciaux comptent autant que les usines.
La vraie question, pour l’Eure, commence après l’annonce. Quelles fonctions resteront à Pont-de-l’Arche: conception, assemblage, qualité, support, commerce, recherche et développement? Les éléments publiés ne permettent pas d’annoncer un effet local sur l’emploi, dans un sens ou dans l’autre. C’est précisément pour cela qu’il faut regarder l’opération avec attention plutôt qu’avec enthousiasme automatique.
Elle dit déjà quelque chose du département. L’industrie euroise ne se voit pas toujours depuis la route. Elle tient aussi dans des ateliers de précision, des logiciels, des optiques et des machines que l’on remarque à peine quand elles fonctionnent bien. À Pont-de-l’Arche, une partie de cette valeur discrète s’apprête à changer de dimension.