Sur une bouteille brune conservée à Vernon, le nom tient encore: « Durand de Vernon ». L’étiquette promet un cidre mousseux, avec cette formule publicitaire un peu joyeuse: « Eh !! Il mousse !! ». Une autre bouteille porte une mention plus nette encore: « Cidrerie normande Durand de Vernon. Inaliénable ».
Ces objets ne racontent pas toute l’histoire. Mais ils prouvent qu’elle a existé.
C’est autour de cette mémoire qu’une association Durand de Vernon vient d’être déclarée, avec une publication datée du 5 mai 2026 et une localisation à Gasny. Son objet annoncé est précis: sauvegarder, conserver et valoriser le patrimoine historique, culturel et industriel lié aux anciens établissements Durand de Vernon, ainsi qu’à la culture du cidre et de la pomme en France.
Le nom n’est donc pas seulement un souvenir familial ou une ligne administrative. Les notices du ministère de la Culture recensent déjà plusieurs traces matérielles: deux bouteilles conservées au musée Blanche Hoschedé-Monet, à Vernon, issues de l’ancien musée Alphonse-Georges Poulain et passées par la famille Durand; une autre bouteille conservée à l’écomusée de la Basse-Seine; des inscriptions commerciales; une référence à un personnage publicitaire créé par Harry Eliott vers 1930.
Pour une association naissante, le travail commence là: retrouver ce qui manque entre ces objets conservés et l’histoire locale qu’ils suggèrent. Où se trouvaient exactement les anciens établissements? Que reste-t-il dans les familles, les greniers, les collections privées ou les archives? Existe-t-il encore des photographies, des factures, des affiches, des témoignages, une adresse précise, une trace dans le bâti?
L’intérêt du sujet tient aussi au territoire. En 2023, la Normandie concentrait 57 % des surfaces françaises de pommiers à cidre et 62 % de la production nationale de pommes à cidre. L’Eure comptait alors 1 884 hectares de pommiers à cidre, au deuxième rang français derrière le Calvados. Le cidre Durand appartient donc à une histoire locale qui rejoint une filière encore réelle, et pas seulement une image ancienne de la Normandie.
Reste à relier les indices. Une bouteille dans un musée, une étiquette, une association déclarée à Gasny: ce sont encore des points séparés. Bien reliés, ils peuvent faire revenir une maison, une activité, une mémoire du travail et de la pomme autour de Vernon. Encore faut-il que quelqu’un la reconnaisse avant qu’elle ne reparte dormir sur une étagère de brocante.