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En Seine-Eure, les mares et les berges repassent sous la loupe

L’Agglo Seine-Eure relance un marché de 200 000 euros pour inventorier ses milieux aquatiques et humides.

Mare et berges en Seine-Eure

Une mare de bord de chemin peut avoir l’air d’un simple creux d’eau. Une berge, d’un talus à entretenir. Une prairie humide, d’un terrain un peu spongieux qu’il faudrait rendre plus net. Avant de couper, faucher, curer ou aménager, encore faut-il savoir ce qui vit là.

C’est tout l’enjeu du marché relancé par la Communauté d’agglomération Seine-Eure. Un avis publié le 8 mai remet en concurrence le lot consacré aux milieux aquatiques et humides, dans une mission plus large d’inventaires écologiques et de plans de gestion d’espaces naturels. Les bureaux d’études intéressés ont jusqu’au 30 juin 2026 à midi pour répondre. Le lot est estimé à 200 000 euros hors taxes, avec un début d’exécution prévisionnel au 1er octobre 2026.

La relance n’est pas seulement une ligne de procédure. Dans la première consultation, lancée fin 2025, deux lots ont trouvé preneur: les milieux terrestres et les inventaires naturalistes liés à des travaux. Le lot consacré à l’eau n’avait reçu aucune offre. C’est donc la partie mares, berges, zones humides et continuités écologiques qui repart.

Un inventaire écologique ne transforme pas automatiquement un site en espace protégé. Il sert d’abord à vérifier ce qu’il contient: plantes de rive, amphibiens, oiseaux, insectes, espèces invasives, arbres utiles, sols gorgés d’eau, habitats fragiles. Le plan de gestion vient ensuite. Il peut recommander de faucher autrement, de restaurer une berge, de rouvrir une mare, de surveiller une espèce, de limiter certains usages ou, parfois, de ne rien faire de plus que laisser un secteur respirer.

En Seine-Eure, cette étape a du poids. Le territoire n’est pas une carte postale de nature intacte: il mêle vallées, fleuves, rivières, zones humides, forêts, prairies et coteaux, mais aussi zones d’activité, routes, logements, terres agricoles et espaces de loisirs. C’est précisément ce mélange qui rend les inventaires utiles. Une mare communale, un fossé humide ou une berge fatiguée peuvent paraître secondaires. Ils deviennent importants quand il faut décider comment entretenir, où restaurer, et jusqu’où ouvrir au public sans abîmer ce que l’on cherche à préserver.

L’Office français de la biodiversité présente d’ailleurs Seine-Eure comme un territoire où les milieux aquatiques sont prioritaires, avec des actions sur les rivières, les zones humides et les mares. À l’échelle du département, le plan consacré aux milieux humides et aquatiques estime que ces espaces couvrent 8,7 % de la surface de l’Eure. Ce ne sont donc pas des marges. Ils filtrent une partie de l’eau, accueillent des espèces, amortissent certains excès d’eau, gardent de la fraîcheur et peuvent compliquer des projets lorsqu’ils ont été mal repérés au départ.

Le contrat de territoire “Eure Aval et Oison”, signé fin 2025, montre aussi que ces sujets sortent du registre des bonnes intentions. Il prévoit 46 actions jusqu’en 2030 pour restaurer les rivières, protéger la ressource en eau et travailler sur les zones humides. On y trouve des inventaires, des acquisitions foncières, des plans de gestion, des travaux de restauration écologique et la protection ou la restauration de plus de 17 hectares de zones humides dans les vallées de l’Eure et de l’Oison.

Le marché relancé ne donne pas encore la liste précise des sites qui seront étudiés, ce qui empêche de descendre plus finement sur le terrain. Mais il dit déjà quelque chose de très concret sur la manière dont un territoire aménagé apprend à gérer ses espaces naturels. Avant le panneau, la clôture, la passerelle, la coupe ou le chantier, il y a ce moment moins visible où l’on compte les espèces, les sols, l’eau, les usages. C’est rarement spectaculaire. C’est souvent là que se jouent les décisions les plus utiles.