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À Louviers et Saint-Marcel, l’accueil des gens du voyage se joue dans les gestes ordinaires

Une fresque à Louviers et un marché à Saint-Marcel rappellent qu’une aire d’accueil fonctionne par l’entretien, la présence humaine et des décisions concrètes.

Illustration - Aire d’accueil et fresque

Sur l’aire d’accueil de Louviers, un algéco a cessé d’être seulement un bâtiment pratique. Avec l’artiste Jérémy Chouette, une dizaine d’enfants et d’adolescents présents sur le site, âgés de 5 à 14 ans, y ont peint des caravanes, des scènes de vie, des motifs du quotidien. Le geste reste simple. Il rend pourtant visible une chose souvent oubliée: une aire d’accueil n’est pas seulement un équipement à gérer. C’est aussi un lieu où des familles vivent.

C’est là que le sujet devient intéressant. L’accueil des gens du voyage est souvent regardé par ses tensions, ses obligations ou ses procédures. À Louviers, il apparaît par un mur repeint avec ceux qui fréquentent le lieu. L’Agglo Seine-Eure présente cette fresque participative comme une manière de favoriser l’appropriation du site. Le mot peut sembler technique. Sur place, il désigne quelque chose de très concret: ne pas laisser un équipement public devenir un décor froid et anonyme.

À Saint-Marcel, le même sujet prend une autre échelle. Le 6 mai 2026, Seine Normandie Agglomération a publié un marché public pour gérer son aire de grand passage, située le long de la D73, au lieu-dit Les Friches Communales. Le contrat pourra courir jusqu’à quatre ans, avec un montant maximal annoncé de 200 000 euros hors taxes. Le règlement intérieur actualisé de cette aire parle de 6,5 hectares exploitables et d’une capacité maximale d’environ 450 caravanes et véhicules.

Entre Louviers et Saint-Marcel, il ne s’agit pas du même usage. Une aire d’accueil permanente permet des séjours de quelques jours à plusieurs mois, sur des emplacements équipés. L’Agglo Seine-Eure indique gérer trois aires, pour 43 emplacements, avec quatre agents d’accueil, une redevance journalière et un système de prépaiement de l’eau et de l’électricité. Une aire de grand passage sert à recevoir des groupes plus nombreux, souvent de manière saisonnière, lors de déplacements familiaux ou traditionnels.

Mais dans les deux cas, l’accueil tient dans des gestes très matériels. Avant l’arrivée d’un groupe, il faut ouvrir les réseaux, vérifier les accès, prévoir les déchets, organiser les états des lieux, identifier un interlocuteur. À Saint-Marcel, le tarif appliqué depuis avril 2025 est de 30 euros par semaine et par caravane d’habitation. Il inclut le stationnement, l’eau, l’électricité et les ordures ménagères. Derrière la formule administrative, il y a donc des compteurs, des bennes, des agents, des horaires, des règles à expliquer.

C’est aussi pour cela que les intercommunalités sont en première ligne. Ces équipements dépassent la seule commune qui les accueille. Ils demandent du foncier, de l’entretien, de la médiation, des travaux parfois, et une capacité à organiser des arrivées nombreuses, parfois concentrées sur une courte période. Dans ses documents d’urbanisme, l’Agglo Seine-Eure note d’ailleurs que ses trois aires répondent aux obligations du schéma départemental, mais qu’elles peuvent être engorgées par des situations de sédentarisation ou de semi-sédentarisation. Des lieux pensés pour le passage deviennent alors, pour certaines familles, des points d’ancrage.

La fresque de Louviers ne résout pas cette question. Elle ne crée pas de places supplémentaires, ne remplace pas des sanitaires, ne simplifie pas la gestion d’un grand passage. Elle rappelle seulement une évidence utile: ces lieux se dégradent ou s’apaisent dans le quotidien. À Louviers, cela peut passer par un mur repeint avec des enfants. À Saint-Marcel, par une benne posée à temps, un compteur ouvert, un état des lieux fait correctement, quelqu’un qui répond quand un groupe arrive. L’accueil tient rarement dans les grands mots. Il tient dans cette présence-là.