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Aux Andelys, Hermès remet de l’atelier dans l’ancienne usine Holophane

Sur l’ancien site Holophane, Hermès prépare une maroquinerie annoncée à 260 emplois. Aux Andelys, la reconversion devra se vérifier par la formation et l’emploi local.

Illustration - Ancienne usine et atelier de maroquinerie

Aux Andelys, l’ancienne usine Holophane a longtemps fabriqué du verre et de la lumière. Hermès y annonce maintenant du cuir, des gestes de sellier-maroquinier et, à terme, 260 emplois. Le raccourci est séduisant. Il ne suffit pourtant pas à raconter ce qui se joue sur cette ancienne emprise industrielle: une fermeture industrielle ne devient pas une reconversion réussie par la seule arrivée d’un grand nom.

Holophane n’était pas une usine anonyme. Installée aux Andelys depuis 1921, passée par la verrerie, l’éclairage et l’automobile, elle faisait partie de l’histoire industrielle locale. Sa liquidation en 2024 a supprimé 208 postes. Peu après, Europhane a aussi annoncé sa fermeture. Dans une commune de moins de 8 000 habitants, deux sites industriels qui décrochent ne restent pas longtemps de simples lignes dans un dossier économique.

C’est ce qui donne du poids à l’annonce faite fin janvier. Hermès prévoit d’implanter une nouvelle maroquinerie sur l’ancien site Holophane. La Ville des Andelys indique que les travaux de démolition, menés par l’Établissement public foncier de Normandie, doivent commencer en septembre 2026. La construction suivra, avec une fin de chantier global envisagée à l’horizon 2028. La promesse locale ne se vérifiera donc pas tout de suite. Elle passera d’abord par une transformation du lieu, puis par des recrutements progressifs.

Le changement est réel, mais il n’est pas symétrique. Une maroquinerie de luxe ne remplace pas une verrerie automobile comme on rallume un atelier à l’identique. Les métiers ne sont pas les mêmes. Les gestes, les cadences, les critères de recrutement, la formation changent. L’intérêt est ailleurs: le site ne reste pas figé dans la fermeture. Il retrouve une perspective industrielle, dans une ville où l’activité productive compte encore dans l’image, l’emploi et l’équilibre quotidien.

La question la plus concrète sera celle des habitants qui pourront y entrer. Hermès indique que les futurs artisans seront formés à l’École Hermès des savoir-faire de Louviers, en lien avec France Travail et le rectorat de l’académie de Normandie. Le parcours de sellier-maroquinier passe par une préparation au métier de six mois, puis par un an de formation vers le CAP maroquinerie. Il est présenté comme accessible sans condition de diplôme, avec une sélection fondée sur l’habileté manuelle, la précision, l’endurance et l’envie d’apprendre.

C’est une ouverture intéressante pour un bassin touché par des fermetures. Elle devra toutefois se mesurer dans le temps. Combien de candidats viendront réellement des Andelys et des communes proches? Combien d’adultes en reconversion passeront de l’industrie ancienne aux métiers du cuir? Combien de postes seront stabilisés sur place? Le chiffre de 260 emplois donne l’ordre de grandeur. La réussite se lira dans la manière dont ces emplois rencontreront le bassin local.

Au-delà des Andelys, Hermès renforce aussi son implantation normande. La maison dispose déjà de sites à Val-de-Reuil et à Louviers, et inscrit Les Andelys dans un réseau régional de savoir-faire. Pour la vallée de Seine euroise, souvent lue à travers ses départs d’usines et ses friches, ce signal compte. Il montre qu’un ancien site industriel peut encore attirer une activité manufacturière, à condition que le foncier, la formation et les collectivités avancent au même rythme.

Reste à garder la bonne mesure. L’arrivée d’Hermès ne gomme pas la fermeture d’Holophane. Elle ne rend pas les métiers perdus. Elle ouvre une suite différente. Aux Andelys, l’essentiel se jouera loin des effets d’annonce: dans les travaux sur l’ancien site, dans les premières promotions formées à Louviers, puis dans les ateliers, si des habitants du bassin y trouvent une place durable.