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Dans l’Eure, les terrains oubliés deviennent une réserve rare

L’EPF Normandie actualise son Observatoire des friches. Dans l’Eure, ces sites deviennent une ressource rare pour construire sans étaler.

Illustration - friche industrielle en reconversion

À Saint-Pierre-du-Vauvray, l’ancienne usine Labelle n’est pas seulement un bâtiment vide à reprendre. C’est environ 3,5 hectares près du cœur de village, une mémoire industrielle, un risque d’inondation lié à la Seine, des sols à examiner, des bâtiments à démolir ou à sauver, et plusieurs futurs possibles: logements, activités, équipements, espaces plus ouverts. Tout ce qui fait qu’une friche semble disponible de loin, puis devient plus exigeante dès qu’on s’en approche.

C’est pour mieux lire ce type de sites que l’Établissement public foncier de Normandie remet à jour son Observatoire des friches. Un avis d’attribution publié le 30 avril porte sur un marché de 198 286,25 euros, conclu le 21 avril, pour actualiser et animer cet outil pendant 24 mois. Le groupement retenu associe EODD Ingénieurs Conseils et CRAAFT.

Le sujet pourrait rester dans le vocabulaire des cartes et des bases de données. Dans l’Eure, il parle pourtant d’une question très concrète: avant de construire ailleurs, sait-on précisément ce qui peut être réutilisé ici?

Une friche n’est pas un terrain libre. Elle vient souvent avec une ancienne activité, des accès à reprendre, des réseaux à vérifier, une pollution possible, un propriétaire à convaincre, parfois des riverains inquiets et presque toujours une équation financière plus compliquée qu’un terrain nu en périphérie. L’observatoire ne règle pas tout cela. Il permet d’abord de savoir où sont les sites, dans quel état, avec quel potentiel et quelles contraintes.

À l’échelle normande, le jeu de données public associé à l’observatoire compte plus de 5 000 enregistrements. Les collectivités disposent d’un portail cartographique et statistique; le grand public peut consulter des données anonymisées sur DataNormandie. Ce n’est pas une liste de terrains prêts à bâtir. C’est plutôt l’inventaire d’un foncier déjà consommé, parfois oublié, que les communes ont de moins en moins intérêt à laisser hors du jeu.

Louviers donne une idée de ce que ce foncier peut devenir quand la reconversion aboutit. L’ancien site Cinram, racheté en 2014 par l’EPF Normandie, a été requalifié autour du Hub 4.0, sur une emprise de 13 hectares. Le site accueille désormais des activités numériques, de l’événementiel et du coworking. La transformation ne gomme pas l’histoire industrielle du lieu; elle lui rend une fonction.

À Évreux, la friche Aspocomp, rue Pierre-Brossolette, montre l’autre versant du sujet: celui des études, du temps long et du portage public. La ville a inscrit ce site parmi les friches industrielles faisant l’objet d’études techniques avec l’EPF Normandie, au titre du Fonds friches. Avant un projet visible, il faut souvent passer par cette phase moins spectaculaire: comprendre ce que le terrain permet vraiment.

La pression foncière donne à ces inventaires une utilité nouvelle. La trajectoire de sobriété foncière pousse les communes à limiter l’extension sur les terres naturelles, agricoles et forestières. Mais les besoins ne disparaissent pas: logements, entreprises, services, équipements publics, parfois espaces renaturés. Dans ce contexte, les friches deviennent moins des anomalies urbaines que des réserves à arbitrer.

Reste à choisir ce que l’on en fait. Une ancienne usine peut devenir un quartier, un atelier, un équipement, un parc, ou rester bloquée faute de moyens. Un parking délaissé peut éviter de prendre un champ, mais seulement si la dépollution, les accès et le projet suivent. L’observatoire ne décide pas à la place des élus. Il rend simplement plus difficile d’ignorer les terrains déjà pris.

Pour une commune euroise, le choix devient très concret: reprendre un site compliqué mais déjà urbanisé, ou trouver plus simple en dehors de la ville.