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En Seine-Eure, décarboner commence par la facture d’énergie

ACT Seine-Eure veut aider une quinzaine d’entreprises locales à transformer leur bilan carbone en décisions concrètes.

Illustration - Facture d’énergie et machines

Dans une entreprise de Seine-Eure, le carbone n’arrive pas toujours avec un grand plan climat. Il arrive dans une facture d’électricité, un compresseur qui tourne trop, un bâtiment mal réglé, un fournisseur à revoir, un client qui demande des preuves avant de signer.

C’est là qu’ACT Seine-Eure veut intervenir. Derrière ce nom un peu technique, l’idée est simple: aider des entreprises du territoire à transformer un bilan carbone en plan d’action. Le dispositif est porté localement par Virginie Rigaudeau, de Schneider Electric au Vaudreuil, et Rodolphe Durand, fondateur de La Filature à Louviers, avec l’appui de l’Agglo Seine-Eure.

La démarche vise une quinzaine d’entreprises de plus de 15 salariés, autour de Louviers, Val-de-Reuil ou Gaillon. Elle doit durer de 18 à 24 mois. Avant d’entrer dans le parcours, chaque entreprise doit avoir réalisé un bilan carbone. Ensuite viennent les étapes moins spectaculaires, mais souvent plus utiles: comprendre les principaux postes d’émissions, choisir quelques indicateurs, décider quoi traiter d’abord, puis suivre les progrès dans le temps.

Cela paraît méthodique, presque scolaire. Pour une PME, c’est souvent ce qui manque. Beaucoup de dirigeants savent qu’ils devront agir, mais la question concrète reste ouverte: faut-il commencer par l’énergie, les achats, les transports, les bâtiments, les machines, l’organisation interne? Et surtout, que peut-on faire sans transformer la décarbonation en deuxième métier?

Le sujet tombe sur un territoire où l’économie ne se résume pas aux bureaux et aux commerces. L’Agglo Seine-Eure revendique près de 6 000 entreprises, avec des PME, des sites industriels, des services et plusieurs grands groupes. La présence de Schneider Electric donne au programme un point d’appui local visible. Au Vaudreuil, l’usine du groupe est devenue une vitrine de transformation industrielle, avec des gains affichés sur l’énergie, l’eau, les déchets et l’organisation de production.

Reste qu’une usine vitrine n’est pas une PME qui arbitre entre investir, recruter, réparer une machine ou préserver sa trésorerie. C’est là que le programme peut être utile s’il reste au ras du sol. Les premiers gains ne seront pas forcément héroïques: mieux mesurer les consommations, isoler un bâtiment, récupérer de la chaleur, revoir un contrat, remplacer un équipement au bon moment, produire avec moins d’énergie, éviter des déplacements inutiles. Ces gestes ne font pas une révolution en une semaine. Ils peuvent, en revanche, donner une direction claire.

La pression ne vient plus seulement des textes ou des discours sur le climat. Elle vient aussi des clients, des donneurs d’ordre et des appels d’offres. Une entreprise capable d’expliquer où elle en est, ce qu’elle mesure et ce qu’elle prévoit devient plus crédible qu’une autre qui découvre le sujet au moment de remplir un questionnaire fournisseur.

ACT Seine-Eure ne fera pas disparaître les difficultés. Il faudra du temps, des données, des réunions, des arbitrages et parfois de l’investissement. Les aides publiques peuvent réduire une partie des coûts d’accompagnement, pas supprimer le travail à faire dans l’entreprise.

Le test viendra donc plus tard, loin du lancement: quand il faudra vérifier si les entreprises participantes consomment moins, investissent mieux, répondent plus facilement à leurs clients, ou comprennent simplement où partait leur énergie. Si le programme réussit cela, il aura rendu un service concret: faire de la décarbonation une méthode de travail, plutôt qu’un dossier de plus.