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Emploi 2026 : dans l’Eure, moins de recrutements annoncés, mais toujours des métiers sous tension

Dans l’Eure, les intentions d’embauche reculent en 2026, mais près d’un recrutement sur deux reste jugé difficile à pourvoir.

Illustration - métiers en tension dans l’Eure

France Travail annonce 100 692 projets de recrutement en Normandie pour 2026. Pour l’Eure, le chiffre utile est plus précis : 13 269 intentions d’embauche, en baisse de 7,5 % sur un an. Ce recul ne dit pas que l’emploi se fige. Il raconte un marché plus prudent, où 20 % des établissements prévoient encore de recruter, mais où chaque embauche compte davantage.

La tension reste nette. Dans le département, 47 % des projets sont jugés difficiles à pourvoir, soit 6 277 recrutements concernés. Un projet sur quatre est saisonnier. Derrière les annonces, il y a donc une question très concrète : comment trouver les bonnes personnes, pour des postes parfois courts, parfois exigeants, souvent situés loin des grands bassins d’emploi ou soumis à des horaires contraignants.

Les métiers les plus recherchés donnent une image assez franche de l’économie euroise. Les besoins concernent d’abord les aides à domicile et auxiliaires de vie, les cuisiniers, les aides de cuisine et employés polyvalents de la restauration, les aides-soignants, les infirmiers et sages-femmes. Parmi les recrutements difficiles, les aides à domicile restent en tête, suivis par les infirmiers, la restauration, les préparateurs de commandes qualifiés et les aides-soignants.

Ce n’est pas seulement une affaire de statistiques. Ce sont les services du quotidien : accompagner une personne âgée, faire tourner une cuisine, préparer des commandes, maintenir une activité de soin. Dans l’Eure, la vente, le tourisme et les services concentrent 36 % des projets de recrutement. Les métiers sociaux et médico-sociaux pèsent 14 %, les ouvriers de l’industrie 13 %, la construction et le bâtiment 8 %. Le département ne cherche donc pas un seul type de profil. Il doit répondre à plusieurs besoins à la fois : service, soin, production, logistique, bâtiment.

C’est ce qui prolonge le constat déjà posé dans notre article sur les circuits de recrutement dans le soin, le transport et la logistique : publier une offre ne suffit plus. Les entreprises doivent aussi rendre les postes compréhensibles, accessibles et tenables. Un emploi peut rester vacant non parce qu’il n’intéresse personne, mais parce qu’il suppose une voiture, des horaires coupés, une qualification manquante, une garde d’enfant introuvable ou un salaire qui ne compense pas les contraintes.

La formation devient alors un levier très concret, pas un mot de brochure. Dans l’Eure, 1 750 demandeurs d’emploi ont été formés au troisième trimestre 2025. France Travail indique que 64 % des personnes formées retrouvent un emploi dans les six mois. Le chiffre ne règle pas tout, mais il montre où se trouve une partie de la réponse : des parcours courts, lisibles, reliés à des employeurs identifiés, avec une promesse claire sur le métier visé.

Le paradoxe est là. Fin 2025, l’Eure comptait 45 680 demandeurs d’emploi inscrits en catégories A, B et C, dont 25 140 sans aucune activité. Dans le même temps, 63 130 offres ont été diffusées sur douze mois et 31 450 embauches réalisées au quatrième trimestre. Il y a donc du mouvement. Mais il ne suffit pas d’empiler les offres d’un côté et les candidats de l’autre. L’enjeu est l’ajustement : compétences, mobilité, horaires, contrats, conditions de travail.

La tendance dépasse le département. En France, les intentions de recrutement reculent aussi en 2026, avec environ 2,275 millions de projets, en baisse de 6,5 %, et 43,8 % de recrutements jugés difficiles. L’Eure suit donc un mouvement national, mais avec ses propres urgences : le vieillissement, les services à domicile, la restauration, la logistique, l’industrie et le bâtiment.

Pour le département, l’année 2026 ne se jouera pas seulement dans le volume des recrutements annoncés. Elle se jouera dans la capacité à transformer ces besoins en emplois réellement accessibles. Former près des bassins d’emploi, lever les freins de mobilité, rendre les métiers plus lisibles, mieux préparer les candidats et mieux calibrer les postes : c’est moins spectaculaire qu’un grand plan, mais c’est là que se jouera une partie du marché du travail eurois.